We Lost, They Won 4« Je sais que tout ça est difficile à croire, mais vous devez nous aider : vous êtes presque notre dernier espoir. Vous n’êtes pas connu pour être quelqu’un qui aspire au combat et je connais votre action pour pacifier toute cette zone, mais…mais je suis certain qu’ils ne s’arrêteront pas à Washington, qu’ils viendront ici et que vous n’arriverez pas à leur résister. Votre organisation semble formidable, mais eux…ils sont juste trop forts. Vous devez nous aider, autant pour nous que pour vous.
- Vous dites beaucoup de choses, monsieur Hunter. Certaines qui me plaisent, certaines qui me déplaisent. »
Tim se raidit, conscient qu’il jouait gros. Un seul faux pas, une seule mauvaise tournure de phrase et tout serait terminé. Stephen aurait déjà mis dans sa poche son interlocuteur et ils seraient déjà en train de prévoir leur prochaine attaque, mais il n’avait pas eu le temps de lui apprendre comment être le meilleur dans une conversation ; son temps avec son professeur avait été trop court. Tout ce qu’il avait tiré de son ancien maître, c’était un vocabulaire à faire peur aux dockers, des pouvoirs qu’il n’avait désormais plus, des malheurs et des responsabilités énormes. Strange avait été le pire dans son existence, mais aussi le meilleur : il lui avait apporté un but, des amis et une place dans le monde.
Il aurait voulu que l’enfoiré soit encore en vie, rien que pour pouvoir lui casser la gueule.
« Au moins certaines vous plaisent…
- Mais d’autres non. »
La réponse avait été plus froide que la précédente, et il sentit le souffle de Donna s’accélérer derrière lui. Tim l’avait récupéré après que l’Ombre ait été enlevé – et elle n’était pas belle à voir. Autant sur le plan physique, Connor l’avait amené à être presque au niveau qui avait été le sien avant sa blessure, autant psychologiquement la jeune femme avait énormément perdu. Sa confiance en elle avait fondu, et ce n’était pas son impossibilité à protéger son « sauveur » qui avait arrangé les choses ; il l’avait découverte en train de boire et de défier n’importe qui au combat rien que pour ressentir quelque chose. Elle était dans un tel état qu’elle avait besoin d’être frappée et de frapper pour se sentir vivante. Heureusement, la gueule de bois était passée sur les envies de violence, mais il ne savait pas s’il pourrait se fier à elle durant un combat.
« Il est vrai que messieurs Luthor, Osborn et « Sinestro » voudront s’en prendre à New York, et donc à mon territoire. Il est vrai aussi que je ne veux jamais m’occuper des affaires d’autrui, et que je me cantonne à ma « zone » ; mais je suis capable de la défendre contre ceux qui voudront s’en prendre à elle. Croyez-vous que je sois parvenu ici en faisant des concessions ? En faisant attention à ceux autour de moi ? N’oubliez pas chez qui vous êtes, monsieur Hunter. »
Comment l’oublier avec la demi-douzaine d’armes fixées sur eux ? Même avec James en joker autour de l’immeuble, Tim était bien conscient qu’ils ne pourraient s’en tirer. Il savait que venir ici n’était pas forcément l’idée la plus prudente, mais c’était le seul endroit qu’il connaissait où des « justiciers » ou au moins types-à-pouvoirs étaient concentrés, et où il pouvait peut-être trouver de l’aide. Donna et James semblaient lui avoir laissés le commandement de ce qui restait de leur groupe, et il n’aimait pas ça ; il avait l’impression de toujours mal faire.
Il n’était pas fait pour le leadership, mais ses deux collègues avaient été trop blessés pour l’assumer. Encore une fois, ses vieux copains la responsabilité et le sacrifice retombaient sur lui, et il avait peur de les avoir amenés dans un piège.
« Le monde va bientôt changer : votre Ligue a été détruite, réduite en pièces. Vos hommes sont exilés, perdus ou même morts. Aujourd’hui, vous n’êtes plus que trois : vous, mademoiselle Troy et monsieur Baxton, là en haut. Vous pouvez lui dire de descendre, au fait : mon petit doigt m’a déjà indiqué sa présence. »
Le petit parasite à la queue de cheval, debout derrière notre hôte, laissa échapper un petit rire glacial ; ça devait être le cerveau électronique de toute l’installation. Hunter n’avait encore rien vu, mais il s’était un peu informé avant de venir : depuis quelques semaines, toute la zone devenait un sanctuaire technologique, regorgeant de caméras, de systèmes de sécurité, de pièges, de relais audios et vidéos. Ce type devait en être responsable ; sa fierté était presque palpable.
« Votre Ligue n’a rien apporté de bon : vous avez protégé des monstres et failli détruire le quartier des affaires ; vous n’avez pu protéger la Louisiane, et je crois même que vous êtes un peu responsable de ce qu’il s’est passé là-bas. »
Tim serra les poings : il n’oublierait pas l’affront infligé par la Panthère Noire. Ça se paierait.
« Et vous n’avez pu non plus appréhender ceux qui ont tenté de tuer Monet Ste-Croix, comme vous n’avez pu sauver le Corps de votre ami Jordan. Vous n’êtes plus rien, Jones s’est joué de vous et il semble même vous avoir laissé pour être au calme. La Ligue n’était pas adaptée à ce monde, et je ne puis rien pour vous. Mon territoire a besoin de moi, et je ne puis l’abandonner, comme je ne puis vous aider : cela équivaudrait à abaisser sa protection, et cela n’est pas acceptable.
- John Jones ne nous a pas abandonné.
- Il n’est plus avec vous, pourtant. »
Cet homme croyait tout connaître de leur histoire, et Tim avait une terrible envie de tout lui balancer, de tout lui raconter sur Washington, sur la bataille du Corps, mais il ne le pouvait pas ; pas encore. Il avait besoin de lui, besoin de ses espionnes, de ses combattants, du blanc apparemment invincible qui s’occupait de ses frontières. Il avait besoin de quelqu’un pouvant prendre leur commandement, et il ne laisserait pas cette chance s’enfuir aussi facilement.
« John a été enlevé par un monstre, le même qui a troublé mon sort en Louisiane. Vous savez qui je suis et ce dont je suis capable, comme vous connaissez mon ancien maître : vous vous doutez bien que je n’aurais pas lancé un sort sans être sûr de pouvoir le contrôler, surtout dans une telle situation. Si Stephen m’a appris une chose, c’est de toujours faire au mieux, de toujours sacrifier ce qu’il faut pour réussir mais de ne jamais tenter quelque chose qu’on ne peut contrôler. C’est un être vicieux, sadique et cruel qui a provoqué la débâcle, et c’est lui qui a enlevé John. Comme il a enlevé Connor.
- Jones et l’Ombre sont donc aux mains d’un tel être ? »
S’il avait une quelconque émotion, il n’en faisait rien paraître. Donna soupira derrière lui, et Hunter fut certain qu’elle prenait sa neutralité pour une absence de réaction, par l’envie de démontrer qu’il n’était pas concerné ; il n’était pas aussi catégorique. Ils étaient en face d’un être qui contrôlait Harlem, qui avait tout sacrifié pour arriver jusque là où il était et qui savait faire ce qu’il fallait pour le bien de son territoire. Il agirait toujours pour lui en premier, mais il avait aussi entendu que la Panthère Noire était un homme bon quand il le pouvait. Tout dépendait donc maintenant s’il considérait avoir les mains liés ou non.
« Oui. Hal a vu le Corps tomber à cause de Sinestro, Barry a été blessé mais eux deux sont retenus par un tel monstre, et…
- Et votre « Aquaman » ?
- Il…il a disparu.
- Disparu ?
- Oui, depuis Manhattan. Nous n’avons pas de nouvelles.
- Une délégation atlante a pourtant été reçue au Conseil de Sécurité de l’ONU…enfin, elle s’est imposée.
- Oui, mais toutes les tentatives pour le joindre ont échoué.
- Dommage, il aurait pu vous aider.
- Oui. Nous avons besoin de votre aide : nous avons absolument besoin de vous. Luthor s’est entouré de monstres : les gamins des docks, Sinestro, Osborn même…ils sont horribles, immondes mais celui qui a enlevé Connor et John est pire encore. Nous avons besoin de vous pour le faire tomber, vous seul pouvez nous aider.
- Je ne vois pas ce que le simple chef de Harlem pourrait faire de plus que la grande et belle Ligue.
- Vous…êtres notre seul espoir. »
Il resta sur ses positions, calme, serein, drôle et détaché, mais il ne tiqua pas. Hunter lui livrait son âme et il ne tiqua pas.
« Comment ça ?
- La Ligue est morte, oui. Nous n’avons pas de télépathe, pas de transport, pas de logistique, pas de chef. Nous ne pouvons rien. Luthor et les siens veulent le pays, et le monde : ils veulent faire tomber nos institutions pour mettre en place les leurs. Nous ne pouvons rien contre eux…et vous pouvez nous aider. Vous pouvez nous mener, nous dire quoi faire et faire ce qui doit être fait.
- C'est-à-dire ?
- Protéger le pays. Protéger les gens. Sauver les gens. »
De longues secondes s’écoulèrent ainsi, Tim ayant du mal à respirer. Il s’était totalement livré à la Panthère Noire, et il ne voyait aucune émotion sur son masque sombre. Les armes autour d’eux étaient toujours levées, la tension était à son comble et il sentait que Donna était dans le même état que lui. Sans cet homme, ils étaient finis. Sans cet homme, Jones et Connor étaient finis. Sans cet homme, la Ligue était finie.
Finalement, après de trop longs instants, sa voix douce et posée s’éleva à nouveau, brisant un silence qui mettait à vifs les nerfs de tout le monde.
« Baissez vos armes. »
Hunter ne se risqua pas à sourire, mais le cœur y était. Son cœur battait si fort qu’il semblait prêt à être expulsé de sa poitrine ; l’espoir n’était peut-être pas mort.
« Et ramenez nos invités à la porte.
- Qu…quoi ?
- Vous n’avez plus rien à faire ici, monsieur Hunter. Je ne suis pas intéressé par ce que vous dites : Harlem n’a pas besoin de vous, et je ne veux pas m’occuper de vous. Menez votre guerre, affrontez Luthor, allez à la mort, cela ne m’intéresse pas. Le gouvernement changera, les lois changeront, les gens changeront, mais Harlem restera toujours Harlem, un quartier délaissé, rejeté, un ghetto. Harlem est mon territoire, ma priorité. Si Luthor s’en prend à moi, je le tuerais. Mais en attendant, je laisse les soucis de blancs aux blancs. Après tout, ne m’a-t-on pas toujours répété que mon cerveau n’était pas assez grand pour les comprendre ? Allez combattre votre guerre et allez y mourir ; Harlem restera toujours Harlem, et la Panthère Noire ne s’occupera que d’elle. »
« J’avoue avoir un peu de mal à faire confiance à une assassin, mademoiselle. Surtout quelqu’un qui peut être considérée comme une serial killeuse.
- Considérez-moi comme vous voulez, je ne suis là que pour vous prévenir.
- Que je vais mourir, n’est-ce pas ?
- Qu’on vous en veut.
- Ce n’est pas vraiment une nouveauté. »
Dane posa ses pieds sur le coin de son bureau, faisant claquer les glaçons de son whisky avec son dernier bras. Il avait desserré sa cravate, et ses cheveux n’avaient plus le style qu’il leur avait donné à sept heures ; dix-sept heures et bien des soucis étaient passés dessus.