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 Episode 5 : Intégration 5/6

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La Rédac'
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MessageSujet: Episode 5 : Intégration 5/6   Mer 19 Aoû - 23:07

Les ombres glissèrent lentement sur Green Wood Cemetery. Les visiteurs les plus tardifs venaient de quitter les lieux, encouragés par leurs grondants estomacs. Les hommes de nettoyage entreraient bientôt en scène, retirant les fleurs les plus fanées, débarrassant les allées des mégots de cigarettes et des boules de papier alu qui entouraient précédemment des bouquets colorés mais synthétiques.
A dix-neuf heures moins cinq, un bus s’arrêta devant l’entrée richement sculpté du Green Wood. Un seul passager en descendit, ce qui étonna le chauffeur. Non pas parce qu’il était seul, mais parce qu’il descendait. Personne ne descendait à l’arrêt Green Wood à cette heure-ci. Et aussi le fait qu’il porte un anorak et une capuche en plein été.

Les battants se refermèrent dans un souffle hydraulique. Le bus s’éloigna en rugissant. Dans le silence entourant le cimetière (même hors d’un cimetière on fait silence, par peur de voir des fantômes débouler chez soi pour tapage profanateur) les sons avaient une tout autre mesure.
Leonardo réajusta son anorak d’un bleu indigo. Il transpirait ; les quatre-vingt dix degrés Fahrenheit de cette soirée d’été se faisaient sentir. Son pull jogging lui tenait chaud, il aurait préféré mettre un tee-shirt, mais le jogging avait un avantage : une capuche, qu’il rabattait bien bas sur son visage. A vrai dire, il avait eu l’impression de s’habiller comme ça tout l’hiver ; anorak bleu – sa couleur préférée – et jogging avec capuche.

Son regard se leva vers le cimetière. Il avait oublié les aspérités de la pierre, les plantes semi-sauvages qui grimpaient aux murs. Il se souvenait parfaitement du “Green Wood Cemetery” écrit en lettres de fer, par contre. Cela avait, à l’époque, renforcé son chagrin – du métal pour les morts.
Il enfonça plus profondément ses mains dans ses poches – qu’il avait moites, mais ses quatre doigts attiraient malgré eux la curiosité voire la crainte et il devait donc les garder à l’ombre – et entra.

L’agencement du cimetière avait un peu changé, mais de pas beaucoup. Plus de tombes, oui. Moins d’arbres aussi.
Leonardo passa à nouveau devant les tombes de personnages célèbres enterrés là, trophées que valorisait le cimetière. “On les a laissé pourrir ici. On est fiers, ça se voit, hein ?” Henry Steinway. Samuel Morse, inventeur du bip-bip-biiip qui n’aura été utilisé qu’un demi-siècle. Peter Cooper. Elias Howe. Il ne savait même pas ce qu’avaient bien pu faire les trois quart des illustres enterrés ici. Sûrement des politiciens.
Le chemin de gravillons qui émettait un bruit inimitable continua et il savait qu’il irait jusque de l’autre côté du parc, vers l’autre entrée. Leonardo prit la deuxième allée à gauche. Un petit panneau, minuscule comme s’il ne voulait pas déranger les morts par sa présence, indiqua “Champ d’Honneur, les morts de la guerre en Irak de 2006”, avec des majuscules soigneusement placées.

Les tombes se faisaient de moins en moins nombreuses à mesure qu’il avançait. Il aperçut, plus loin sur le chemin principal qu’il venait de quitter, des mausolées, dernières maisons des morts. Leonardo n’aimait pas vraiment les cimetières. Il n’aimait pas penser à la mort, d‘une manière générale.
Son chemin le conduisit enfin vers le “Champ d’Honneur”. Il ne s’agissait qu’un lopin de terre, moins ancien que les autres mais plus dense, où étaient alignées des croix et des croix et encore des croix, toutes blanches.
Il repéra la tombe qui l’intéressait. Une silhouette attendait déjà devant. Il aurait voulu arriver plus tôt, pour pouvoir être seul. Pour peut-être se laisser aller. Là, ce serait impossible, sa fierté l’en empêcherait et il s’en voudrait par la suite. Il se laisserait aller une fois seul, chez lui.
Il contourna respectueusement les morts. Il s’engagea dans l’allée où se trouvait déjà la personne, éclairée depuis le sol par des lampes opaques, tout juste distinguable dans l’obscurité du soir. Il fit du bruit en marchant, trop, et c’était fait exprès. S’il était venu plus tôt, il n’aurait pas voulu qu’on le surprenne en train de… se laisser aller. Il ne voulait pas surprendre celui qui se trouvait là avant lui.

L’homme tourna la tête et Leonardo distingua un museau vert. Un bouquet de violettes à sa main gantée. Il s’approcha, et les quelques éclats diffusés par les lampes installées à chaque côté des tombes éclaira partiellement le visage de Donatello. Pas de trace de larmes.

« Salut, Don.
– Salut Leo. »

Leonardo étreignit son frère, s’en même s’apercevoir qu’il s’était presque jeté dans ses bras. Il comprit, alors que leur étreinte durait un peu trop longtemps selon les codes de fraternité établis, qu’il n’avait pas vu ni serré son frère dans ses bras depuis des mois, qui lui semblaient très, très longs.
Il se séparèrent enfin, furent un peu gênés. Ils n’étaient pas très habitués aux marques d’affection, dans cette famille.

« Tu vas bien ? demanda Donatello.
– Non. Et toi ?
– Mieux que toi, je crois. Mais ce n’est pas encore ça. »

L’aveu commun les gêna encore plus. Leonardo s’en voulu sur le moment d’avoir dit ce “non” qui ne laissait planer aucun doute (pas même celui de l’humour gras). Donatello s’en voulu de souligner qu’il était plus content de son sort et qu’implicitement il ne voulait pas être à la place de son frère.

« Du mal pour venir ici ? continua Donatello.
– Trois bus. Dix dollars aller et retour. Je tire à la courte paille pour savoir quel jour de la semaine prochaine je ne mange pas ?
– Je peux…
– De l’humour. J’en suis pas encore là. »

Mais en fait, c’était précisément là qu’il en était : il ne mangerait pas mercredi prochain, les dés avaient parlé.

« Et toi ?
– J’ai loué une voiture, avoua Donatello.
– Porsche ?
– Pas encore, concéda-t-il en souriant. »

Leonardo se demanda avec une soudaineté qui le paralysa un instant ce qu’il allait bien pouvoir dire à son frère. Il avait beaucoup de choses à dire ¬– les procès, ce con de Bell, son loyer qu’il n’arrivait plus à payer, les emplois qu’on lui refusait¬ et tout – mais il ne voulait ni faire culpabiliser son frère d’avoir un boulot et un revenu régulier, ni trop étaler sa détresse.
Comme pour venir à son secours, Michelangelo les rejoint, de l’autre côté du sentier qu’avait emprunté Leonardo. Il portait le même ciré jaune que lorsqu’il rentrait chez lui, après le boulot.

« Salut, les mecs.
– Salut Mike », répondirent chacun en l’enlaçant vigoureusement. Michelangelo était le plus jeune, à ce que l’on disait (à ce que disaient ses frères). C’était aussi le plus apprécié, malgré son humour et sa maladresse chronique.
« Du mal à venir ? redemanda Donatello.
– J’me suis démerdé. »

Michelangelo n’avoua pas que Dimitri lui avait “fait une fleur qu’il ne méritait pas” (selon Dimitri) en lui laissant venir avec le scooter de la pizzeria. Celui-ci était garé et cadenassé à l’intérieur même du cimetière, pour éviter de tenter les voleurs de Brooklyn qui passeraient devant Green Wood.

« Le boulot ? demanda Leonardo. Tu es toujours à FedEx ?
– Non. Ils m’ont invité à partir de mon plein gré.
– Pourquoi ? demanda un peu brusquement Leonardo, ce qui fit lever un sourcil à Michelangelo.
– Trop de personnel, trop de contraintes à licencier. J’avais du mal à y croire, sur le coup, mais ils ont viré quatre gars en même temps que moi. J’espère qu’ils ont pas fait ça pour maquiller. »

“Maquiller” était devenue l’expression qu’ils utilisaient pour parler d’un de leurs licenciements qui était présenté d’une façon politiquement (et économiquement) correcte.
Leonardo le questionna encore, sur son nouveau job principalement. Michelangelo, bien qu’évasif (il évitait de parler de ses conditions de travail, de son patron, des réactions des clients, bref du négatif), répondait à toutes les questions de son frère, à qui il n’avait dû parler pas plus de cinq fois en un an. Le dernier appel remontait à un mois, lorsqu’il fondait encore de grands espoirs sur FedEx. Michelangelo parlait plus souvent à Donatello par téléphone, qui était à la fois plus à l’écoute et plus doué pour la conversation sans grand intérêt. Ils s’appelaient presque toutes les semaines.

« Et toi, Leo ? demanda finalement Michelangelo.
– Le verdict pour McDo sera rendu dans deux semaines. Mais c’est plutôt mal parti. Ils paraît qu’ils embauchent dans une usine, hors de la ville. J’irai me renseigner. »

Leonardo avait préparé ce mensonge depuis la veille. Il n’y avait aucune usine qui embauchait aux alentours de New-York, du moins à sa connaissance. FedEx, en revanche… mais il ne voulait pas en parler en face de Mike.

« Salut. »

Rafaël s’approcha finalement. Un coup d’œil furtif à leur montre aurait informé les trois présents qu’il était en retard, mais ils ne lui en tinrent pas rigueur. Son air taciturne n’était pas engageant et ils s’observèrent pendant un moment, ne sachant pas si une quelconque marque de tendresse était envisageable.

« Salut, Raf » risqua Leonardo.

Rafaël lui lança un regard plein de reproche – ce qui était difficile à deviner, comparé au regard belliqueux qu’il arborait en permanence. Leonardo en fut blessé, les deux autres frères ne surent que dire.

« Z’allez ? lança Rafaël, pas très adroit pour la conversation.
– Ca s’améliore, dit Donatello.
– On fait avec ce qu’on a, tenta Michelangelo.
– Ca va, résuma Leonardo.
– Et toi ? demanda Donatello, qui eût la vague impression d’avoir posé cette question environ vingt-six fois ce soir.
– Bien. J’ai pas à me plaindre. »

Leonardo aurait voulu dire : “Veinard que tu es, on est tous dans la merde, nous !” mais se ravisa.
Rafaël était le plus blindé psychologiquement des quatre, il le savait. Lui n’hésiterait pas à casser la gueule d’un type qui se foutrait de lui en pleine rue et il le ferait avec deux cents témoins sans problème. Il ne s’inquiétait pas de quelque d’aussi abstrait que les conséquences.

« Sympa, les violettes.
– Merci, Raf, répondit en souriant Donatello. Il m’avait dit que c’était ses préférées.
– J’aurai dis les coquelicots » ajouta Rafaël, et ce fut une de ses rares tentatives d’humour qu’il ferait dans toute sa vie.

Un accord commun, fait un an auparavant, décidait qu’ils étaient chargés de fleurir la tombe une fois par semaine, à tour de rôle. Cette semaine, c’était Donatello. D’ordinaire, ils faisaient livrer les fleurs directement sur place ¬– ils n’avaient pas forcement le temps ou les moyens de s’y rendre eux-même. Aucun d’entre eux n’était revenu ici depuis un an. Seul Rafaël, sans en informer ses frères était venu, une fois, pour son anniversaire ¬–qu’il partageait avec ses frères.

« On… on commence ? hésita Michelangelo, d’habitude bien plus bavard.
– Oui » dit Leonardo. Et il s’approcha de la tombe, qu’ils avaient pour le moment évité de regarder, placés en retrait. Ils pénétrèrent tous dans un carré imaginaire. Il quittaient “le dehors”, avec les problèmes de boulot, de loyer, de procs, pour entrer dans la bulle “souvenir des êtres chers perdus”. Leurs têtes se baissèrent presque simultanément. Donatello s’avança et posa le bouquet sur la pelouse, à demi appuyé sur la croix blanche.
Puis il recula lentement. Il se placèrent côté à côte, Leonardo d’un côté, Rafaël de l’autre, Donatello et Michelangelo entre eux. Le silence s’installa. Leonardo ignorait si les autres priaient – il ignorait s’ils croyaient en Dieu. Il se demandait s’ils attendaient qu’il prenne la parole.
Michelangelo, à sa gauche, lui donna un coup de coude imperceptible. Leonardo comprit.

« Bonsoir Père. »

La tombe était éclairée de gauche et de droite par les lampes électriques. Leonardo eut un pincement au cœur en voyant les lettres gravées dans la pierre.

“Javier Torres. 1985-2006. Mort pour la patrie.”


Notre Père qui Etes aux Cieux… 1ère partie
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