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 Episode 19 : La fin d'un monde 17

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La Rédac'
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MessageSujet: Episode 19 : La fin d'un monde 17   Jeu 3 Sep - 17:13

Nuit Noire.

« …et recommence pas, je serais encore là pour te tabasser. »

Bernie Rozaff gargouilla quelques mots en crachant un peu de salive ensanglanté et ne bougea plus, son couteau usé si souvent lors de ses vols bien loin de lui. Ses côtes étaient brisées pour la plupart, les jointures de sa main droite étaient cassées, son visage tuméfié et il n’avait presque plus de dents ; il était dans un très sale état, et Dick Grayson n’en éprouvait aucune joie. Ça faisait quelques temps déjà que s’en prendre aux malfrats ne le rendait plus aussi fier qu’avant.

Rapidement, il s’éclipsa dans la pénombre, préférant l’obscurité à la lumière comme Bruce le faisait et comme il l’avait appris. Il savait que ça nuisait à sa « réputation » et que personne ne connaissait encore vraiment son identité, mais…ça ne l’intéressait pas. Il ne voulait pas être connu, il ne voulait pas que les gens connaissent son nouveau pseudonyme ; il n’était même pas certain que le « Chevalier de la Lune » soit durable.
En fait, Dick ne savait plus vraiment où il en était.

Depuis la disparition de Bruce, depuis l’arrivée du nouveau, il était conscient qu’il avait de plus grandes responsabilités en ville. Si le nouveau s’en sortait bien, il n’avait pas son expérience et il pouvait lui apporter ce qu’il avait déjà vécu ; mais pour ça, il fallait voir ce type, et ça n’était pas très souvent. Alfred s’était donné quelques vacances bien méritées en Europe et semblait être occupé dans son Angleterre à retrouver sa famille, et Gordon avait quitté la ville pour changer d’identité et de métier. Fini le flic, bonjour au détective privé Harvey Bullock. Il donnait aussi parfois quelques nouvelles, mais c’était rare.

Alors qu’ils avaient luttés ensemble pour retrouver le Joker et lui faire payer ce qu’il avait fait, leur petit groupe n’existait plus vraiment. Dent s’était évaporé et les rumeurs sur lui faisaient peur, mais les deux autres l’avaient chargé de gérer ça. Il ne pouvait pas les blâmer : ils en avaient vu de dures ces derniers mois, mais…lui aussi. Même s’il était plus jeune et avait moins subi qu’Alfred ou Gordon, il n’était pas certain de pouvoir continuer longtemps.

Chicago avait besoin de lui…Dent avait besoin de lui. Et même le nouveau avait besoin de lui. Mais serait-il à la hauteur ? Au fond, tout ce qu’il avait toujours entrepris s’était à chaque fois soldé en échec. Les Titans avaient plus été une mauvaise idée qu’une bonne, le fait d’être Robin avait causé la mort de Tim Drake…essayer de sauver l’honneur de Bruce avait aussi été un échec, vu que ça n’était pas lui qui s’était occupé du Joker.

Dick était fatigué. Son monde n’avait plus aucun sens, et le reste semblait suivre la voie. Whitman voulait donner une conférence de presse sous peu pour râler contre les LexCops dont tout le monde parlait, et si sur la forme il était d’accord avec l’ancien candidat, sur le fond…il n’en savait rien. Les désastres de Philadelphie, de Boston et des autres villes étaient terribles, et lui-même avait entendu parler de la guerre des gangs de Chicago.
Il y avait des problèmes monstrueux dans ce pays, et beaucoup étaient liées aux êtres « suprahumains ». La Nature avait doté certains anonymes de capacités qu’ils n’auraient pas dû acquérir, et ils semblaient n’être occupés qu’à tout détruire – en tentant d’aider ou non.

Avant, Grayson était enclin à aider ces gens, à faire ce qu’il fallait pour qu’ils soient acceptés et puissent faire ce qu’ils veulent. Il savait que la majorité ne voulait qu’apporter leur aide, qu’ils étaient animés de bonnes intentions et qu’ils faisaient très souvent du bon boulot ; mais pas ces derniers temps. Depuis peu, les scandales devenaient de plus en plus fréquents…et gores.

Il ne fallait pas se voiler la face : il y avait trop de victimes. Qui auraient pu être évitées.
Qui auraient dû être évitées.

Evidemment, il y avait des excuses et c’était à chaque fois parti d’une bonne intention, mais…ça ne ramenait pas les morts. Ça n’expliquait pas aux familles ce qu’il s’était passé en Louisiane. Ça ne soignait pas la future Présidente des Etats-Unis d’Amérique. Les « justiciers » faisaient ce qu’ils pouvaient, mais la grande question était de savoir si ça ne rendait pas les choses pires qu’elles ne l’étaient.
Après tout, jusqu’à l’apparition brutale de quatre cinq ans plus tôt environ, toutes ces catastrophes ne se seraient pas produites. Comme beaucoup, il avait entendu les rumeurs sur les Architectes et se souvenait des « justiciers » des années soixante-dix et quatre-vingts, mais…ça n’était pas pareil. Si les Architectes avaient existé – et c’était un grand si – ils avaient magouillé dans l’ombre et avaient forgé un ordre mondial glauque et puant, mais qui permettait au plus grand nombre d’être en sécurité. Ses « collègues » les avaient stoppés, mais pour quel résultat ? Sans eux, le monde tombait à nouveau dans le chaos, et personne ne contrôlait rien.

Dick avait peur de penser ça, mais peut-être les Architectes avaient-ils été un mal nécessaire ; et leur disparition provoquait certainement des drames qui devraient être évités.

Il n’aimait pas où le menaient ces réflexions, mais le jeune homme ne pouvait s’empêcher de douter en ce moment. Ses amis ne donnaient plus signe de vie, son mentor avait disparu, la société se retournait contre les gens comme lui…et il n’était pas sûr que ça soit un mal. Au fond, les « justiciers » n’avaient leur utilité que parce que les gens normaux refusaient de se battre pour ce qui était juste, refusaient de prendre leurs responsabilités. Il n’avait agi ainsi, et les autres aussi, que parce que la population était trop passive face au crime.
Mais maintenant que ces mêmes personnes prenaient les devants, montraient qu’ils ne voulaient plus se laisser faire et étaient prêts à se défendre, que pouvaient-ils faire ? Logiquement, ils devraient s’arrêter et laisser la société agir – même si elle fait mal, car ça aurait été son choix, ses actes. Mais ça…ça, ça semblait bien dur à accepter.

Dick n’avait pas de pouvoir et était un peu à l’écart dans cette communauté : il partageait leurs rêves et leurs ambitions, mais il n’avait pas les mêmes capacités que beaucoup d’autres. Il était évident qu’il pouvait mieux comprendre les gens normaux, qui étaient tétanisés quand des êtres comme les Lanterns pétaient les plombs – et c’était arrivé. Hal Jordan avait foiré, et tous en payaient maintenant le prix.

Luthor était une ordure, mais sa solution était peut-être valable. Beaucoup voyaient en lui le nouveau messie ou au moins la réponse à leurs problèmes immédiats, et Grayson n’était pas sûr qu’il soit en tort. Ses hommes semblaient peut-être un peu brutaux, mais au moins assuraient-ils une certaine sécurité – et c’était ce que les gens demandaient. Ils voulaient être saufs chez eux, ils voulaient être loin des soucis cosmiques auxquels ils étaient confrontés depuis l’arrivée de Spider-Man et des autres.
Comment leur en vouloir ? Les habitants de Chicago, même s’ils voyaient les résultats de son action et de celle du nouveau, se lasseraient aussi de leur intervention, et il le comprendrait très bien. Mais il n’était pas sûr que l’autre pourrait accepter de se retirer, alors qu’il semblait avoir voué toute son existence à la survie de la vision de Bruce.

Il faudrait alors que quelqu’un l’arrête, et Dick savait qu’il n’en aurait pas le courage – et le talent. D’autres devraient s’en charger, d’autres plus expérimentés et violents que lui ; les LexCops, peut-être. Même s’il n’appréciait pas un tel totalitarisme et de telles méthodes, il fallait bien avouer qu’elles pouvaient être un mal nécessaire quand…

« ARGH ! »

Quelque chose avait explosé à ses pieds – une grenade aveuglante. Passant ses mains sur son masque pour essayer de malaxer ses yeux incapacités pendant quelques secondes encore, il ne put logiquement rien faire quand de violents coups s’abattirent sur son ventre. Ses genoux furent ensuite la cible des crosses d’au moins deux hommes lourdement armés, et Dick s’écroula lourdement.
Ses oreilles bourdonnaient, son corps lui faisait mal mais il entendit quand même les crans de sécurité qui étaient enlevés de bien trop d’armes automatiques autour de lui. Il n’avait jamais été très bon à ce petit jeu, mais il en comptait…quatre. Au moins.

« Richard Grayson. »

Ils connaissaient son nom ? Qui étaient ces types ?

« Vous êtes en état d’arrestation au nom des Etats-Unis d’Amérique et de la mesure exécutive du Président Bush effective dès le 15 décembre à minuit. »

L’église du quartier sonna alors douze coups.

« Richard Grayson, vous êtes suspecté de crime envers l’Union. Vous avez le droit de garder le silence, et tout geste pourra être considéré comme un acte de violence. Vous êtes considéré comme un terroriste. »

Dick reçut à nouveau un très violent coup sur la nuque, et ne put retenir un cri de douleur. Ses yeux commençaient à lui renvoyer quelques visions d’ombre, mais rien de vraiment clair pour le moment. Il tenta de parler d’une voix brisée, mû par la curiosité qui lui avait presque toujours porté tort.

« Qui…qui êtes-vous… ?
- Les LexCops. L’espoir de l’Amérique. »

Malgré la douleur, le jeune homme put entrevoir la silhouette du chef de l’escouade. Grand, fort, son corps est recouvert d’une combinaison sûrement en kevlar. Il a une demi-douzaine d’armes à la ceinture, et son casque doit être relié à un centre de commandes ; on dirait Robocop, en fait. Mais là où le cyborg était fait de métal apparent, Dick sentit que l’être en face de lui était bien de chair – au moins à l’extérieur. Sur son torse, un grand L et un grand C affichaient l’identité de son maître…celui de toute l’Amérique, maintenant.

Lex Luthor avait gagné.



« …ne fait que deux jours que les LexCops sont en activité mais les résultats sont déjà impressionnants. Une vingtaine de « justiciers » et de mutants sont désormais emprisonnés, sans compter les premiers suspects qui avaient été appréhendés par les forces conventionnelles. Le Président annonce sa joie d’avoir donné les clés de la sécurité nationale à Lex Luthor, qui ne passe pas une heure loin de la Maison Blanche. L’opposition tente de demander des éclaircissements sur les activités réelles de monsieur Luthor et désire un contrôle des LexCops, mais les sondages démontrent que l’opinion publique approuve totalement l’arrivée de telles mesures. Les citoyens américains semblent vouloir avant tout le rétablissement de l’ordre, et… »

Whitman éteignit la télévision, lassé. Autour de lui, Sara Pezzini et Cliff Seccord étaient assis dans un canapé luxueux et douillet, mais aucun n’en profitait : tous étaient atterrés par ce qu’ils venaient de voir.

« Ça se présente mal.
- Oui. »

Dane posa les pieds sur son bureau, fatigué. Il n’avait pas dormi depuis plusieurs jours, essayant d’user de tous les moyens politiques à sa disposition et à celle de son parti pour avoir une entrevue avec Bush et monter une campagne contre Lex Luthor. Il avait découvert que même si tout le monde savait que ce dernier était un pourri de la pire espèce, personne ne voulait parler et surtout personne ne savait où trouver les preuves suffisantes pour le faire tomber.

« Ta conférence de presse ne sera pas bonne.
- Non. Je ne sais même pas ce que je vais y dire.
- La vérité ?
- Oui, Sara…bien sûr. Mais ça ne sera pas suffisant. »

Pezzini l’aidait autant qu’elle le pouvait, mais elle n’avait malheureusement pas les compétences requises pour donner à l’ancien Chevalier Noir ce dont il avait besoin. Il était venu à New York pour trouver le poids faible du « Caïd » local, et finalement il s’était rendu compte que ce type était pire encore qu’il ne l’avait imaginé. De Boston à la Grande Pomme, tout le crime organisé était entre ses mains et son organisation était vraiment, vraiment impressionnante.
Même la mafia était terrifiée face à Luthor. Aucun syndicat du crime n’osait s’en prendre à lui, alors que pouvait-il faire lui, un ancien « justicier » ayant perdu son meilleur bras ?

« Luthor devient le chouchou de l’opinion publique parce que ses hommes ont des résultats. J’espérais pouvoir trouver des éléments pour le lier à la guerre urbaine d’il y a quelques années, mais…rien. Pas même ses liens avec Osborn ne sont évidents à prouver. Tout le monde sait ce qu’il fait, qui il emploie, mais ils ont tous trop peur pour parler.
- Vous allez risquer votre vie, à cette conférence de presse.
- C’est pour ça que je pense que c’est une mauvaise idée.
- Je dois la faire, Cliff. Je ne peux pas me rétracter.
- Dane…la seule chose qui fait que tu existes encore politiquement parlant après ta défaite est que tu t’opposes au dernier espoir de l’Amérique. Il y a encore quelques groupes communautaires qui ont des réticences face aux LexCops, mais ça ne durera pas longtemps. Les gens vont se rendre compte qu’ils ont vraiment peur, et que tout ça est un…mal nécessaire, même si c’est une expression à la mode. Tu vas aux devants d’un échec. »

Whitman soupira lourdement : il savait que Cliff avait raison, mais il ne pouvait pas reculer maintenant. En dehors du fait qu’il ne voulait pas passer pour un minable qui annulait tout au dernier moment, il était hors de question de laisser Luthor s’en sortir sans se battre. Même si ça mettait sa vie en danger, même si ça ruinait sa carrière, il irait quand même au front ; c’était ce que Clint aurait fait.

« Il faut que quelqu’un s’en prenne à lui.
- Mais tu n’auras pas bonne presse.
- J’ai perdu un bras…ça m’attirera peut-être la pitié du jury.
- Miami, Dane. Miami.
- Ouais…Miami… »

Miami. Réduite quasiment en cendres par la chute de la « forteresse volante du Green Lantern Corps », ce qui était toujours aussi dingue à dire ou même à penser. Jordan avait tout simplement foiré, et des millions de personnes en avaient payés le prix. Comment défendre la cause des « justiciers » après ça ? Comment démontrer que les siens n’étaient pas dangereux quand des imbéciles agissaient ainsi ?
Jordan avait foiré, oui. Et ça condamnait tous les autres.

« On ne peut pas rattraper ça.
- Non. C’est pour ça qu’il faut tout annuler.
- Ça n’est pas possible.
- En tant que chargée de votre sécurité, je…
- Je sais, Sara. Je sais. »

Whitman soupira. Ni Pezzini, ni Seccord n’allaient lâcher et il savait qu’au fond ils n’avaient pas tout à fait tort. Il était évident qu’il y avait beaucoup de risques que tout se passe mal, mais…mais ça n’était pas important. La cause devait passer en premier.

« Mais Jordan a foiré, et quelqu’un doit changer l’image qu’ont les gens des nôtres. Nous ne sommes pas tous des menaces, et quelqu’un doit le prouver.
- En se faisant abattre ?
- Peut-être. »
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MessageSujet: Re: Episode 19 : La fin d'un monde 17   Jeu 3 Sep - 17:14

Dane posa un regard sombre vers la jeune femme. Ils ne se connaissaient pas depuis longtemps, mais Sara semblait vouloir le protéger à tout prix, comme s’il était la seule chose importante dans son existence ; ça lui faisait peur, mais ça serait aussi utile ce jour-là. Seulement, il fallait aussi qu’elle comprenne que c’était sa décision, et ça faisait bien longtemps qu’il avait décidé d’aller aussi loin pour ses idéaux.

« Je vais aller parler à des gens qui me haïssent parce que j’ai osé un jour mettre un masque pour les protéger. Je vais aller faire face à une foule hostile et un fou va essayer de me tuer – et avec de la chance, il réussira. Oui, c’est ce que je souhaite : qu’on m’abatte. Car ça choquera l’opinion publique et mettra en évidence les failles de Luthor et de Bush, ça nous transformera en victimes d’une folie raciste et ça fera pencher la balance médiatique en notre faveur. Ma mort est la seule solution pour que tout ça s’arrête, et si Dieu le veut ça fonctionnera. »



« Qu’est-ce qu’on va faire ?
- On va attendre. Et observer.
- Quoi ?
- Si Dane Whitman mourra en martyr ou non. »

Barry n’aimait pas ce Nick Fury. Même s’il les avait aidés et qu’il les protégeait pour le moment, il semblait beaucoup trop vague et flou sur son but pour lui faire confiance. Il disait être en mission pour John Jones, mais en dehors de sa parole, il n’avait rien pour le rassurer ; et après tout ce qu’il avait vécu ces dernières semaines, le jeune homme était loin de donner facilement sa confiance.
Pourtant, il restait encore à ses côtés, autant pour le surveiller que parce qu’il ne savait pas où aller. Sa mère l’avait mis dehors, la Ligue était dissoute, les « justiciers » étaient poursuivis…il était un paria, désormais. Un terroriste, même, selon les médias.

« Whitman ne doit pas mourir. »

Le Batman avait parlé, chose suffisamment rare pour être soulignée. Lui non plus ne semblait apprécier Fury, mais il restait, comme Barry. Leurs raisons devaient être les mêmes, mais ils ne s’étaient presque pas adressés la parole depuis leur rencontre. Allen avait beaucoup de mal à accepter qu’un remplaçant prenne la place d’un homme qu’il respectait – même s’il ne savait pas si Bruce Wayne avait bien été le Batman qu’il avait connu. Certes, Jones le leur avait dis ou fait comprendre pour certains, mais…c’était Jones ; il les avait plus manipulé que conseillé, et le jeune homme ne savait pas s’il pouvait donner foi aux indications de leur ancien chef.

« Son plan est pourtant de tout faire pour y parvenir.
- Whitman pense que sa disparition mènera l’opinion publique à mieux voir les personnages costumés. Il se trompe.
- Pourquoi ?
- Les gens ont peur, et ils se ficheront bien qu’un ancien « justicier » meurt au moment où il voulait blanchir les siens. Ils ne verront qu’un crime de plus, qu’une preuve de plus que les personnages costumés n’apportent que des ennuis. La politique médiatique de la Maison Blanche, téléguidée par Luthor, accentuera la dangerosité de tels « phénomènes » et de ce qu’ils veulent faire. Whitman sera discrédité, des affaires de corruption éclabousseront son parti et ce qu’il défendait sera traîné dans la boue. Il doit vivre pour continuer à harceler Luthor, et nous laisser le temps de trouver une solution – même si je n’en vois pas encore.
- C’est un portrait bien noir.
- J’ouvre les yeux sur le monde et j’en tire les conclusions qui s’imposent. »

Barry soupira. Il était assis à côté de ces deux hommes qui se faisaient face, se livrant à une sorte de duel verbal, le vainqueur se devant de clouer le bec de l’autre ; c’était n’importe quoi. Sa jambe le lançait encore, sinon il se serait levé et les aurait séparés. En tout cas, il commençait à en avoir assez de voir de telles stupidités nuire à leur travail – et cette pensée lui fit peur. Leur vocation était vraiment devenu un « travail » pour lui, une occupation quotidienne qui lui prenait du temps, de sa santé et ne lui apportait plus beaucoup de joie. Peut-être n’avait-il plus la foi pour tout ça…peut-être devrait-il abandonner.
Oui, mais pour faire quoi ? Sa vie devenait plus courte chaque fois qu’il courait à nouveau, et il n’avait plus d’ami ou de famille. Il avait tout sacrifié pour « Flash », un pseudonyme un peu pourri qui ne lui avait apporté que des ennuis. Il avait tout foiré – comme beaucoup d’autres.

En fait, en y réfléchissant, aucun des « justiciers » n’avait jamais réussi à faire quelque chose de vraiment bien. Ni Spider-Man, ni Daredevil, ni même Steelman n’avaient tenu sur la longueur et les morts jalonnaient malheureusement le trombinoscope des membres de leur profession. Le Batman n’avait peut-être pas tout à fait tort en dressant un tableau aussi sombre du plan de Whitman…après tout, ça ne serait pas étonnant que ça aussi se passe mal pour les « justiciers ».

« Alors que proposez-vous de faire ?
- Se bouger. »

Le Batman, jusque-là adossé au mur, déplia ses bras croisés et s’approcha lentement de Fury. Il fit plisser sa cape, tentant d’avoir un pas aussi doux et discret que possible. Barry était sûr qu’il voulait rendre fou l’afro-américain en jouant ainsi avec ses nerfs, mais ce dernier restait d’un calme olympien. Apparemment, il en avait vu bien d’autres et n’était nullement impressionné par la légende de Chicago.
Celui-ci posa sa main gantée sur l’écran de télévision où les extraits des reportages de Victor Sage avaient été diffusés et parla d’une voix posée, presque sereine.

« Whitman refusera de changer de plan, et ça ne vaut pas la peine de perdre du temps avec lui : lui sauver la vie suffira, et il continuera après ses petites affaires. Il faut maintenant se battre avec les armes que nous avons : la surprise, la peur, les capacités que certains peuvent avoir, la connaissance de l’ennemi. Luthor et les siens pensent avoir l’avantage, et ils l’ont – mais ça peut changer très rapidement. Il suffit de rassembler ce qui reste de la Ligue, recruter un ou deux autres petits nouveaux et lancer une offensive contre Luthor pour trouver les preuves dont nous avons besoin. Après, il suffira de faire jouer quelques relations pour faire éclater ça et…
- Ça ne fonctionnera pas.
- Pourquoi ?
- Miami. »

Barry soupira ; il n’allait pas aimer ce que Fury allait dire, il le savait. Comme le Batman, la simple évocation de la catastrophe assombrissait son humeur – simplement parce que c’était la preuve de leur influence néfaste sur le monde.

« Votre plan est bon, c’est évident. Mais depuis l’erreur de Jordan, vous ne serez plus jamais crédibles face à la population. Bien évidemment, toute la ville n’a pas été détruite, mais…il y a eu des morts. Beaucoup trop de morts. Le monde ne pardonnera jamais à ceux de votre espèce d’avoir causé cette catastrophe. Même si vous prouvez que Sinestro était derrière tout ça, que c’était une attaque coordonnée par Luthor…au fond, ça sera toujours parce que le Corps avait sa forteresse volante qu’elle s’est écrasée. Elle n’avait juste pas à être là, n’est-ce pas ? Elle n’avait juste pas à exister. »

Les deux « justiciers » baissèrent les yeux : Fury avait raison. Quelque soit le plan élaboré par le Batman, le manque de crédibilité des leurs ne serait jamais surmonté, quoiqu’ils fassent, quoiqu’ils prouvent. Leur cause était perdue, Luthor avait gagné simplement en usant de son influence pour que les gens aient peur de ceux qui devaient les protéger.
Oui, Luthor avait gagné.

« Vous ne pouvez rien faire contre eux. Mais j’ai quelque chose à vous proposer.
- Quoi ? Vous l’avez bien dis, quoiqu’on le prévoit, ça ne fonctionnera pas parce que les gens n’ont plus foi en nous.
- Oui, ils vous prennent pour des monstres, s’attendent à ce que vous fassiez des actes ignobles et inhumains.
- Ouais.
- Alors allez-y : faites ça. Faites-leur peur. Faites quelque chose qui remplira d’effroi les gens normaux, qui les terrifiera et qui poussera Luthor à aller encore plus loin. Votre attitude l’obligera à repousser les limites de la sécurité qu’il promeut, à faire bien plus de concessions à la morale que le monde et la société ne peuvent l’accepter. Vos actes feront tellement peur qu’il devra aller encore plus loin pour avoir toujours la main, et il ira trop loin. Il fera une erreur qui le déstabilisera publiquement quand ça fera trop mal, et alors nous pourrons le faire tomber. Mais parvenir à stopper Luthor demandera des sacrifices : votre réputation, votre honneur…votre conscience. Vous devrez devenir ce que le monde a peur que vous soyez – mais c’est la seule solution pour vous sauver. Pour nous sauver. »

Barry fixa Fury : il n’aimait pas ce qu’il venait de dire. Pas parce que ça le dégoûtait…mais parce qu’il commençait à imaginer comment il pourrait vivre avec ça sur la conscience.
En était-il arrivé au point d’accepter ça ? En était-il arrivé au point d’accepter de tuer et de détruire pour parvenir à ses fins, même si elles étaient louables ? Le seul fait de se poser ces questions le terrifiait.

« Et qu’est-ce qu’on devrait faire pour en arriver là ?
- L’innommable, monsieur Allen. L’acte le plus monstrueux pour un Américain : détruire entièrement Washington DC et la Maison Blanche, frapper l’Amérique en plein cœur. C’est la seule solution pour que Luthor perde tout en croyant tout avoir. »



« Comment va-t-il ?
- Mal.
- Parfait. »

Sinestro ne cacha pas un sourire en posant ses yeux sur le corps décharné de John Jones. Ça faisait des semaines que ce dernier était leur prisonnier, et ni lui ni Farouk ne semblaient perdre plaisir à le faire souffrir. Le « flic de l’espace » avait voulu contrecarrer leurs plans et y était même quelque peu parvenu, cela méritait très logiquement une sanction à la mesure de leurs égos.

« Sa résistance me semble encore grande.
- Elle l’est : il refuse de reprendre sa forme véritable et malgré nos tentatives, ses secrets demeurent encore éloignés de nos recherches.
- Intensifiez les attaques et les tortures.
- Nous risquons de le tuer.
- C’est un Martien : ça ne meurt pas aussi facilement. »

Le prêtre acquiesça et alla communiquer les ordres de leur maître à ses camarades qui s’agitaient autour du corps emprisonné de Jones. Sinestro ne pouvait s’empêcher de triompher en face de son ennemi : ils s’étaient longtemps affrontés à distance, déjouant chacun les plans de l’autre, mais finalement il était parvenu à ses fins. Même s’il avait dû pour ça s’allier à des êtres inférieurs, il avait vaincu le « chasseur Martien » et aurait bientôt accès à ses secrets. Sous peu, le Savoir serait sien, et plus personne alors ne pourrait s’opposer à lui.

En fait, Sinestro était comme les autres membres de sa coalition : il ne voulait en profiter que si ça lui amenait quelque chose, et il n’hésiterait pas à assassiner ses « collègues » quand il en aurait l’occasion. Il était conscient que cette pensée était partagée, mais ça ne lui faisait pas peur ; après tout, c’était lui qui fournissait la main-d’œuvre essentielle à leurs plans, c’était lui le plus puissant et c’était lui le plus expérimenté. Il arpentait cette planète depuis plus longtemps que tous les autres, et il avait survécu à bien des adversaires plus brillants qu’eux.
Sa victoire finale ne faisait finalement aucun doute ; la seule ombre planant sur lui étant alors celle d’Hal Jordan, comme toujours.

Sinestro avait été créé pour empêcher que Parallax ne prenne le contrôle de la Terre, et donc que l’énergie verte soit utilisée par les autochtones ; il avait échoué. Croyant bien faire, il avait participé à l’arrivée au pouvoir d’Hal Jordan, clairement le plus grand Green Lantern de cette galaxie – voir même de l’Univers s’il continuait ainsi. Il le haïssait d’avoir fait échouer sa mission, mais il ne pouvait s’empêcher d’être impressionné par les exploits du Lantern ; après tout, il avait vaincu par deux fois Parallax, et créé de toutes pièces un Corps d’allure assez intéressante. C’était bien pour ça qu’il l’avait fait détruire.

En fait, Sinestro avait bien compris que si Jordan continuait ainsi, personne ne pourrait le stopper et qu’il ferait bientôt éclater un règne mondial. Connaissant l’Humanité et ses faiblesses en matière de pouvoir et de corruption, il voulut empêcher ça et s’en prit donc au Corps, usant de la seule technique que l’homme pouvait comprendre pour apprendre de ses erreurs : la violence. Ce n’était clairement pas quelque chose de « bien », mais il était évident que l’Humanité ne tirait des enseignements que quand elle était face à des catastrophes ou des drames. Et n’ayant absolument aucun remords à tuer des êtres vivants aussi abjects et laids que les humains, Sinestro n’avait logiquement pas hésité à lancer ses troupes sur le Corps.

Seulement, Jordan courait toujours : si Quill, Phylla ou quelques autres étaient entre leurs mains, le chef avait disparu et ça ne lui plaisait pas. Sinestro avait senti sur le lieu de l’attaque un pic d’énergie qui l’avait inquiété ; même si ça n’avait duré que quelques secondes, il était quasiment certain d’avoir reconnu la signature de Parallax, et ça le terrifiait. Ça ne pouvait être que le trépas de quelques Lanterns mêlé à la disparition de certains de ses hommes, mais…il n’y croyait pas. Il avait vraiment eu l’impression de sentir la présence du Monstre, et ça l’inquiétait.
Peut-être que ce dernier était de retour…ou peut-être que Jordan l’avait invoqué. Au fond, Hal était encore un gosse, avec trop de pouvoirs et de responsabilités. Même s’il savait donner le change, Sinestro avait toujours su qu’il serait dépassé quand la situation irait trop loin – et c’était le cas.

C’était parce qu’il n’avait pas confiance en lui que Sinestro avait voulu prendre les devants et le faire tomber, par sécurité pour cette planète et l’Univers. Si le Corps – le vrai, celui régi par les Gardiens – avait su créer des protocoles pour éviter ce genre de choses, Jordan n’avait rien prévu et Sinestro n’avait pu l’accepter. Il avait voulu le tuer de ses mains pour éviter que les catastrophes s’enchaînent…mais il craignait d’avoir fait pire que mieux.

Peut-être que son intervention allait provoquer la fureur de Jordan et sa transformation brutale en sosie de Parallax. Peut-être qu’en voulant le tuer, il avait précipité l’Apocalypse pour ce petit tas de boue et la galaxie. Mais il n’avait pas eu le choix : il avait été obligé de faire quelque chose, et le temps pressait. Mais peut-être que si…

« Maître ? »

Coupé dans ses réflexions, Sinestro se tourna avec un regard sombre vers un des siens. Jones était toujours inconscient, apparemment, et souffrait à chaque fois qu’il revenait à la conscience, mais même ça ne le distrayait plus maintenant.

« Quoi ?
- Un…un incident vient de se produire. En Alaska. Une énergie verte a apparemment rasé des hectares entiers de terrains et a coûté d’innombrables vies. Nous n’avons pas pu taire l’information et les médias parlent déjà du Corps comme coupable. »

Sinestro poussa un long soupir alors qu’il étendait sa conscience pour apprendre les informations qui passaient en boucle sur toutes les chaînes ; c’était Hal, et c’était de sa faute. Jordan s’était senti obligé de faire le sacrifice ultime en pensant bien faire, et ça s’était retourné contre lui – et c’était de sa faute.
En attaquant trop tôt, il avait condamné la Terre et l’espèce humaine. En attaquant trop tôt, il avait perdu la guerre. En attaquant trop tôt, il avait transformé Hal Jordan en Parallax.



Et alors que Sinestro commençait à donner ses ordres pour préparer une bataille perdue d’avance, John Jones fit de même ; feignant toujours l’inconscience, il mettait le point final au plan que lui et Reed avaient mis des jours à élaborer, et il en était fier.
Sous peu, il sortirait d’ici et remettrait les choses à leur place. Sous peu, les comptes seraient réglés. Sous peu, la Société se montrerait enfin et sanctionnerait ceux qui le mériteraient.
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