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 Quelques textes

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Rirox
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyMar 9 Sep - 15:52

J'ai lu que le dernier,je rattrappe mon retard à l'envers. c'est moins génant de commencer par la fin comme c'est des nouvelles à part.

pour ce qui est de la consigne du défi Buzz en tous les cas pour ma part je trouve ça très réussi. Il y a quelques passages qui m'ont fait penser à Civil War,et ta façon de parler de beaucoup de héros sans les citer est bien vue. ca rend le récit plus objectif,et en un sens le dédramatise un peu sans en faire un truc trop léger pour autant. enfin, j'ai bien aimé donc. mais ca doit être lassant de lire ça, j'y peux rien si c'est l'impression qui en ressort xD


Citation :
L’évolution de sa guerre était de sa faute : en quelques sortes, il avait aidé à la commencer. Il devait être sûr de la terminer – ou au moins de mourir en essayant. Seulement ainsi aurait-il la paix qui le fuyait depuis tant d’années.
vaguement inspiré du dernier Batman,non? c'est en tous les cas l'effet que ça m'a fait,même si la formulation n'est pas la même et que l'idée n'a rien à voir. ^^
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Ben Wawe
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyLun 19 Jan - 17:57

Bon, voilà un petit texte, sans grande originalité mais que j'avais envie d'écrire, comme ça. Bonne lecture.

Les limites.

« Dégage d’ici ! Mais dégage ! »

L’actionnaire-docker se précipita sur l’imbécile qui venait de se placer juste sur le point d’arrivée du container. S’il se faisait écraser, les actionnaires-dockers se verraient subir une enquête de la part de la C-Corporation, celle responsable de cette région du monde, jadis connue sous le nom d’Amérique du Sud. Et ils savaient tous qu’ils n’avaient aucune chance de s’en sortir : les actionnaires-surveillants de la C-Corporation étaient les pires, rongés par la corruption, l’avidité et l’envie de résoudre tout rapidement.
Si ça se passait mal, ils perdraient tout. Il fallait donc impérativement que cet imbécile s’en sorte, qui qu’il soit.

« Hank ! Bouge ! »

Denis alerta son ami qui s’était jeté sur l’imbécile, mais il était encore un peu sur la zone d’arrivée du container. Il tentait d’appuyer sur les différents boutons de la vieille machine qui était à leur disposition, mais cette saleté restait sourde à toutes ses demandes. Si Hank et l’imbécile ne bougeaient pas, rien ni personne ne les sauverait.

« Dégage ! »

Hank, hurla de rage, poussa aussi fort que possible l’imbécile tandis qu’au-dessus d’eux apparaissait la forme du container. La téléportation prenait environ dix secondes à s’accomplir, la marge de manœuvre était serrée mais ils pouvaient y arriver. L’imbécile décida enfin de se réveiller et roula sur le sol, le poids de Hank le forçant à une souplesse dont il ne se croyait pas capable.
A dix centimètres à peine des bottes de l’actionnaire-docker, le container apparut. A quelques instants près, il serait mort, simplement à cause de cet imbécile.

« Oh Grand Smith… »

Hank se tourna lentement vers la face de l’imbécile : il le haïssait. Il avait failli les tuer, ruiner la réception du container et condamner sa famille et toutes celles de ses collègues. Soudain, alors qu’il se trouvait sur lui, il se rendit compte combien sa clef de douze était terriblement lourde, dans sa poche. Et surtout combien elle ferait si bien dans la face de l’imbécile.

« N’ose même pas invoquer le nom du Créateur ici, imbécile ! Tu as failli nous tuer !
- Mais…mais…
- Donne-moi une raison de ne pas te faire rôtir. »

D’habitude, Hank était loin d’être violent ; malgré son un mètre quatre vingt-treize, malgré sa centaine de kilogrammes, il avait toujours évité de céder à la violence. Son père le lui avait demandé, comme le sien l’avait fait : de génération en génération, sa famille était non-violente par vocation après avoir vu l’inutilité de tout ça lors du Conflit. Chez eux, l’esprit remplacerait toujours les poings : cela ne servirait à rien de laisser aller sa nature animale quand l’Homme était bien au-delà de tout ça, quand ses capacités lui permettaient de faire bien plus.
Il enseignait à ses enfants de ne jamais frapper autrui, de toujours rechercher une solution pacifique. Et là, alors que cet imbécile avait failli détruire tout ce qu’il avait, il n’avait aucune envie de détruire tout ce en quoi il croyait ; la violence ne gagnerait pas chez lui. C’était ce qu’on lui avait enseigné, ce qu’il enseignerait.

« Mais…je suis désolé…
- Tu as des raisons pour. »

Denis, Lucas et Angelo les rejoignirent. Ils aidèrent Hank à se relever mais aucun ne répondit à la main tendue par l’imbécile qui demandait de l’aide. Les autres actionnaires-dockers se dépêchaient d’ouvrir le container pour en décharger le contenu et le redistribuer dans d’autres petits containers qui seraient bientôt téléportés. Depuis la pollution acide des eaux, plus personne ne pouvait se déplacer sur les Océans ou sur les fleuves. La Terre avait perdu sa source de vie mais ses habitants continuaient d’exister – ou plutôt de survivre.
Maintenant que le monde se divisait en Corporations, maintenant que la planète était sucée jusqu’à l’extinction par ceux qui auraient dû tout faire pour la chérir, les « actionnaires » savaient bien que leur durée de vie ne se résumait que le temps où ils seraient utiles à leurs employeurs. Ceux-ci avaient gagnés la « bataille » : il fallait leur obéir.

« Qui es-tu ?
- Je…je suis Armand Eriksen.
- Que fais-tu là ? »

L’ambiance était tendue. Le beau costume de marque de cet Eriksen était tâché par la boue et l’huile régnant en maîtres sur le dock principal de cette petite annexe de la C-Corporation. Perdus au milieu d’un désert jadis recouvert d’arbres, ces hommes et femmes tentaient de survivre et n’y arrivaient que difficilement. En dehors des zones de téléportation et de stockage, en dehors des machines et du centre de commandes, seules quelques habitations très peu évoluées ponctuaient ce paysage seul et désespéré. Les gens avaient peur de l’avenir, mangeaient mal et travaillaient dur. Chaque nouveauté ne faisait en général qu’empirer les choses : la C-Corporation voulait toujours vaincre ses adversaires, les A-Corporation, B-Corporation et D-Corporation, et elle se fichait bien du quotidien de ses actionnaires. Ceux-ci étaient payés « grassement » selon elle pour participer à « l’effort continu » dans la « lutte pour le monopole ».

« Je…je suis un actionnaire-messager de la C-Corporation. »

Armand Eriksen se releva et essaya d’enlever un peu de boue de sa veste, mais il savait déjà qu’il avait repris la main. Il venait d’arriver sur le dock quand la téléportation avait été enclenchée par un des satellites de la C-Corporation ; celle-ci contrôlait les deux continents reliés l’un à l’autre et tentait de regagner la puissance qui avait la sienne, jadis. Ses actionnaires savaient bien que cela serait difficile face à la puissance pétrolière de la D-Corporation mais nul n’osait le dire. Les sanctions étaient bien trop lourdes, et c’était pour ça qu’Eriksen pouvait maintenant avoir ce sourire condescendant et sûr de lui qu’il adorait tant. Les actionnaires-dockers savaient quel pouvoir il avait sur eux : un seul rapport de lui pouvait leur faire perdre tout ce qu’ils avaient.
D’un geste empli d’arrogance, il remonta ses lunettes sur son nez et fit apparaître sur le cadran de sa montre l’hologramme qu’il avait programmé avant sa téléportation. Les actionnaires-dockers avaient tellement peu l’habitude de recevoir des visites qu’ils oubliaient d’observer la zone de réception des téléportations individuelles.

Il n’avait pas eu le respect qu’il méritait : il était un envoyé de la C-Corporation et ils n’étaient pas venus l’accueillir, ils l’avaient même menacés et traités comme un chien. Il les trouvait déjà honteusement pathétiques.

« Ah… ? »

Hank avait peur maintenant. Cet imbécile était devenu un imbécile avec du pouvoir. Il aurait dû s’en douter : seules les personnes d’importance pouvaient avoir une téléportation, surtout dans un lieu aussi reculé et inutile qu’ici. Il avait été bête de s’en prendre ainsi à lui ; une boule se forma dans sa gorge tandis qu’il enfouissait ses mains dans ses poches. Il gonfla par réflexe sa poitrine recouverte d’huile, comme les autres ; Eriksen sourit encore plus.

« Oui. Je suis ici pour vous annoncer une bonne nouvelle, mes chers ca…collègues actionnaires. »

Dans le monde corporatiste, « camarade » était considéré comme une insulte. Malheureusement, les parents d’Eriksen étaient d’une famille « d’hérétiques », de gens considérés comme « perdus »…des personnes qui avaient osés braver la pensée initiale d’Adam Smith – un des Fondateurs – et des autres pour se laisser aller dans une stupidité dite « sociale ».
Ils avaient été pendus publiquement alors que leur enfant venait à peine d’entrer au secondaire : Armand avait juste eu le temps de les connaître et de subir leur mauvaise influence – dont il tentait jour après jour de se défaire par des séances d’autohypnose discrète – avant d’être repris dans un des « stages de formation obligatoire pour les jeunes actionnaires » ; rares étaient ceux qui osaient en reparler et Armand n’en était pas.

Il était devenu un bon actionnaire-messager, un de ceux qui venaient livrer les instructions aux autres actionnaires pour le compte de la C-Corporation. Une petite fourmi guère différente des autres, mais qui se vengeait de ce qu’il avait subi jadis en usant de son peu de pouvoir sur les autres. Il se croyait important, fort et dur mais il n’était rien ; malheureusement, ni Hank, ni Denis, ni Lucas, ni Angelo ne le savaient.

Ils étaient pétrifiés face à ce petit homme qui tenait leur destin entre ses mains. Son sourire en était immense.

« La C-Corporation est en passe de réaliser notre rêve…nous sommes en passe de l’accomplir ! Je ne suis qu’un humble actionnaire-messager mais je peux vous dire que ma fierté est grande de nous voir réaliser cette performance ! Sous peu, nous dépasserons la A-Corporation et nous repousserons encore plus loin la B-Corporation ! Et si nous continuons ainsi, il n’y a pas de raison pour continuer à voir la D-Corporation nous prendre notre part ! »

Jamais la C-Corporation n’accepterait de dire que son adversaire méritait sa puissance et jamais ses actionnaires ne devaient en parler en ces termes. Les actionnaires-dockers présents sourirent en entendant ces paroles mais ils savaient très bien que tout cela, que cette « marche vers le monopole » serait difficile – trop pour que ça se passe facilement. Eriksen n’était pas seulement là pour une bonne nouvelle.

« Hélas, hélas…cela ne s’accomplira pas sans effort. Effort que vous devrez consentir, tout comme moi. »

Les hommes se crispèrent tandis que leurs camarades s’étaient approchés, ainsi que les familles. Tous avaient compris que quelque chose de nouveau venait d’arriver avec ce téléporté et tous le craignaient.

« Vous devrez travailler plus, comme moi, comme tous les autres actionnaires. Les journées passeront de treize à seize heures, les pauses sont supprimées la matinée et l’âge conventionnel de travail passe de dix à huit ans et de soixante-quinze à soixante-dix-sept. Pour pérenniser ces mesures, la C-Corporation va faire revenir vos actionnaires-analystes pour vous aider. En effet, ces mesures ne sont là que pour permettre une augmentation du travail : votre plateforme va voir son débit intensifié. J’espère que ce sacrifice sera accueilli par vous par toute la joie et l’envie de réussir que la C-Corporation mérite. »

Armand Eriksen posa nonchalamment la main sur sa poche, où était rangée son arme de poing. Il savait que certains actionnaires prenaient mal certaines mesures, même s’il avait du mal à comprendre pourquoi ; après tout, tous devraient travailler encore plus et les actionnaires-messagers autant que les autres. Cela ne servait à rien de s’énerver contre eux, et même de s’énerver tout court : quoiqu’on fasse, quoiqu’on tente, la C-Corporation continuera de s’imposer pour monopoliser le marché. A quoi bon refuser l’inévitable ?

Pourtant, les actionnaires-dockers ne semblaient pas être de son avis. Que ça soient les familles ou les hommes devant lui, tous arboraient le même visage serré, froid et dur ; ils avaient envie de crier leur rage de voir leurs aînés, ces « actionnaires-analystes » comme on les appelait – car ils devaient « analyser » les évolutions de l’actionnariat, terme passe-partout pour indiquer une retraite selon certes méritée – revenir ici pour se remettre à un travail ingrat et difficile.
Oui, il était évident qu’ils voulaient hurler de rage…mais ils ne faisaient rien. Des années durant, ils avaient subi le joug de la C-Corporation et avaient bien retenu la leçon ; la lutte ne servait à rien, seul le monopole comptait et demandait tous les sacrifices, simplement. Armand les fixa encore quelques secondes, heureux de voir qu’ils comprenaient qui avait le pouvoir et surtout que s’opposer ne servirait à rien.

« Bien. »

Eriksen sourit mais il n’était pas totalement rassuré. Il savait que même s’ils ne réagissaient pas, un feu couvait en eux et il valait mieux partir avant d’être dévoré par les flammes ; il les sentait déjà lécher ses chaussures de marque.

« Je m’en vais colporter cette bonne nouvelle aux autres annexes. Si vous voulez bien régler la téléportation… »

Immédiatement, l’homme qui avait agressé Armand se dirigea vers les commandes de téléportation. Il savait que ce dernier ne l’appréciait pas mais au moins il avait le sens des priorités et de la hiérarchie ; dans ce monde corporatiste, savoir à qui obéir aveuglément était la plus grande des qualités.

« Merci. Et bon courage ! »

Il se plaça sur la zone de transport, le sourire aux lèvres. Tandis que l’énergie le recouvrait, tandis qu’il sentait son corps être dispersé dans le courant ascendant, il ne put s’empêcher de saluer d’un petit geste ses collègues actionnaires. Il savait que ce serait dur, qu’ils en baveraient mais comme lui, ils n’avaient pas le choix…plus personne ne l’avait. Cela ne servirait à rien, de toute façon.

Pourtant, jamais Armand Eriksen ne se réincarna, jamais son corps ne reprit sa forme initiale : la téléportation fut mal réglée et, accidentellement bien sûr, il disparut à jamais. L’enquête ne releva rien de plus et personne ne fut inquiété, même si les actionnaires de cette annexe furent longtemps troublés par cette perte qu’ils jugeaient horribles ; ils eurent même droit à quelques heures de deuil vu l’analyse psychologique de deux actionnaires-psychologues.
Hank fut le plus touché, selon ses dires. Apparemment, cet événement lui avait fait atteindre ses limites : il indiqua qu’il avait toujours tout encaissé, toujours tout pris sur lui mais que là, c’était allé trop loin. Juste trop loin.

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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyDim 1 Fév - 1:12

Malade, je parviens quand même à écrire un petit quelque chose que j'apprécie. Bonne lecture aux courageux, qui semblent se faire rares par ici. Laughing

Sames
31 janvier 2009

« Combien de fois t’ais-je dis de ne pas jouer à ça ?
- Mais…mais j’aime ça…ça m’amuse…
- Je te l’ai interdit.
- Mais…j’ai fini mes devoirs…
- Et alors ? »

Mon fils se lève, la tête basse et je ne me sens pas fier de moi. Je n’aime pas le chamailler mais quand je fixe des règles, il faut qu’il les suive. Il a dix ans à peine mais c’est maintenant qu’il faut qu’il apprenne le respect des interdits. L’adolescence approche et j’ai trop peur qu’il lui arrive quelque chose pour laisser passer ça.

« Je sais que ça te plaît, mais ça n’est pas pour toi, Gabriel. Je t’ai interdit d’y jouer, tu es trop jeune.
- Mais tous mes amis y jouent !
- Ça n’a rien à voir.
- Mais ils se moquent de moi ! Parce que je joue pas comme eux ! Ils…ils veulent plus me parler ! »

Je m’accroupis et le prends dans mes bras : je sais que ça doit être difficile et je m’en veux de lui faire subir ça, mais je ne veux pas qu’il se laisse aller dans tout ça. Si les autres parents sont assez inconscients pour que leurs enfants puissent jouer à ça, qu’ils le fassent ! Mais mon Gabriel n’y touchera pas avant d’être en âge de saisir les possibilités de ce jeu, les finalités.

« Je suis désolé mais je trouve que c’est trop compliqué pour toi : dans quelques années d’accord, mais pas maintenant. »

Il se dégage de mon étreinte et me lance un regard noir. Il court dans sa chambre pour y pleurer et je sais que ma femme me fera la morale pour ça, mais je ne cèderais pas. Je m’assois à l’ordinateur et fixe la partie qu’il a commencée : il avait presque terminé son deuxième personnage et l’élaboration de la maison. Ca n’est pas très compliqué mais c’est quand même impressionnant pour un enfant de son âge ; il faut à tout prix que personne ne sache qu’il peut faire ça. Les gens de la compagnie Sames Inc. viendraient le recruter pour en faire un de leurs monstres de foire, exhibés lors de leurs conventions mensuelles. Jamais je n’accepterais ça.

En quelques clics, je vais dans le menu pour supprimer tout ça et je tombe sur les parties enregistrées par Loa ; je ne peux m’empêcher de soupirer. Je devrais tout faire partir et désinstaller ce jeu…cette nouvelle version de Sames. Mais Loa aime ça et m’en voudrais trop : je dois le laisser même si je ne le supporte pas. Ca nous a valu beaucoup de dispute et elle refuse encore de comprendre mon point de vue – ça me chagrine.
Pourtant, il me semble évident que ce jeu est dangereux. Dérivé des Sims, ce jeu qui permettait de modeler à son image des figurines informatiques, une ville artificielle et diriger leur vie, c’est bien plus vicieux que ce modèle bien ancien, maintenant. Dès que Sames est apparu sur le marché, les Sims ont fait faillite et rares sont ceux qui s’intéressent à d’autres jeux, désormais ; et je crois que je suis un des seuls à ne pas supporter ça.

En fait, Sames a entièrement dépassé les Sims car au lieu de proposer de modeler et mener des figurines virtuelles, ses créateurs donnaient la possibilité de diriger de vraies vies humaines. Des volontaires, qui décident de passer une année entière de leur vie à suivre les ordres donnés par leurs « créateurs », sont payés des fortunes pour n’être plus que des pantins ; ils reçoivent par l’écran informatique de leurs lentilles de contact les directives de ceux qui les ont choisis et doivent les suivre. Que cela soit sexuel, monstrueux ou juste débile, ils doivent tout faire : ils sont bêtement des pantins.
Et personne n’a jamais rien trouvé à redire sur ça. Comment est-ce que les gens peuvent être aussi aveugles ? C’est horrible.

Comment notre société a-t-elle pu tomber aussi bas ? Comment a-t-on pu arriver à ce point ? Même si l’Humanité a depuis toujours fait preuve d’une cruauté sans nom, je crois que les combats de gladiateurs n’étaient pas aussi monstrueux. A l’époque, des hommes se battaient et étaient supprimés par les citoyens, leurs « maîtres », s’ils ne leur convenaient pas et n’étaient pas assez performants ; des gens avaient droit de vie ou de mort sur d’autre sur des critères comme la beauté, la force, l’intérêt et l’efficacité. C’était déjà monstrueux mais nous sommes allés ici encore plus loin.

Sames permet de « créer » son propre personnage en additionnant différentes données : en répondant à des questions précises, les joueurs orientent le logiciel sur les fichiers des volontaires jusqu’à trouver celui ou celle qui collera assez à la définition du « personnage ». Idem pour la maison ou la ville : Sames a eu tant de succès que l’entreprise a acheté des dizaines d’îles dans les paradis fiscaux pour y implanter des centaines de villes différentes, dans les styles les plus variés.
Ambiance années 30, ambiance psychédélique, ambiance Science Fiction, ambiance de guerre…tout est possible. Sames ne connaît pas le mot « limites » et je crains que ça n’aille encore plus loin, qu’ils se mettent à proposer des sortes de pays, des sortes de continent…et personne n’y trouve à redire. Tout le monde en est fou.

Mon fils veut y jouer parce que ses copains y jouent, ma femme s’y adonne parce que ça la « détend »…mais comment peut-elle se détendre avec ça ? Lire, faire du sport, écrire, est-ce que ça ne suffit plus ? Je n’ai jamais été très branché sur les jeux-vidéos, mais là, ça va juste trop loin, non ? On peut contrôler la vie d’une personne ! Une personne est notre esclave et les gens adorent ça ! Je ne sais pas ce que ça veut dire – j’ai peur de ce que ça veut dire, en fait. Sur nous tous.

Jadis, l’Humanité s’adonnait à des jeux cruels mais elle laissait aux hommes le choix d’agir d’eux-mêmes : ils devaient obéir mais ils avaient le choix de le faire ou non ; certes, ils pouvaient mourir mais ils avaient le choix. Là, les « volontaires » sont de pauvres personnes, obligées par des dettes monstrueuses nées de placements incertains sous les « conseils » d’une annexe de Sames, spécialisée dans les emprunts. Le système est tel que Sames a su se diversifier et assure ainsi des « volontaires » infinis.
Après la Crise des années 2000, Sames est passé du statut de simple jeu à nouveau sauveur : en proposant des emprunts à taux réduits, il a assuré sa popularité, a fait passer ses créateurs pour des Bill Gates fusionnés avec Lady Di et c’est aussi pour ça que personne n’ose dire quelque chose sur eux. Seulement, si on y regarde d’un peu plus près, on voit que si Sames prête à taux bas, ils veulent récupérer rapidement leurs billes – trop rapidement. Rares sont ceux qui peuvent rembourser et leur seule solution est alors de se porter volontaire pour rembourser leurs dettes en nature. Bien sûr, Sames exhibe quelques exemples d’emprunteurs qui ont connu du succès grâce à ces crédits mais ça ne fait pas tout.

Sames contrôle les gens qui croient contrôler leurs personnages. Le système est vicieux car il créé un manque : « on » veut jouer à Sames, « on » veut dépenser son argent pour payer l’abonnement, « on » veut passer du temps dessus et alors tout s’enchaîne. « On » perd son travail, « on » n’a plus rien, « on » fait un crédit Sames…et « on » devient un personnage pour que d’autres suivent.

J’ai essayé d’expliquer ça à Loa mais elle ne veut pas comprendre. Elle me dit que ce sont des bêtises, que ça n’est qu’un jeu divertissant et que ça permet de se détendre ; peut-être, mais à quel prix ? Le monde se laisse prendre par Sames, les gens ne comprennent pas le piège qui s’est refermé sur eux et je ne le supporte plus. Je pensais faire changer Loa et prouver à tous quel mal cela nous fait…mais personne ne veut m’écouter.
Sames veut nous faire croire que nous menons une vie qui peut être la nôtre, un personnage qui peut être « comme nous » mais c’est faux. C’est de l’esclavage, c’est une horreur que personne ne veut découvrir. Les gens ont besoin d’un exhutoire, ils ont besoin de quelque chose sur lequel se concentrer et où ils pensent être les Maîtres. Dans ce monde où l’espoir est mort, dans cette planète qui se meure, dans cette société qui ne sait plus à quel modèle se vouer, ils se laissent mener par des politiques corrompus et des économistes aveugles sans rien dire…car ils ont Sames.
Quelque part, chez eux, ils sont les maîtres d’un personnage, d’une maison, d’une ville ; ce sont eux qui dominent, qui décident. Tous leurs soucis, toutes les humiliations subies disparaissent quand ils peuvent faire endurer tout ça à un autre qui ressemble à leur Némésis, ou vivre une vie dont ils rêvent mais qu’ils ont trop peur de mener dans la « vraie » vie.

Tout cela avait déjà commencé avant, avec les jeux-vidéos ou l’informatique, mais ça n’était jamais allé aussi loin ; Sames a osé aller là où nous rêvions d’arriver et contente presque tout le monde. Je ne suis pas comme les autres et je le paierais un jour, je le sais ; je deviendrais sûrement un « volontaire » quand Loa m’aura quitté et que je devrais prendre un crédit Sames pour m’en sortir. Je le sais déjà mais je ne laisserais pas mon Gabriel subir ça – pas avant d’être majeur.

Même si Loa doit me quitter, je me battrais pour lui : il est notre futur, notre héritage et il doit être préservé. Sames l’entoure de ses griffes mais je le sauverais ; comme quelques trop rares romains jadis, je ne laisserais pas mon enfant avoir droit de vie ou de mort sur une personne. Même si l’on me dira que les personnages ne meurent pas, ça reste de l’esclavage et des gens qu’on jette quand on veut changer un peu d’air…les êtres sont devenus jetables, en fait. Et pour moi, c’est exactement pareil.

Déterminé, je supprime les parties de Loa et désinstalle Sames de l’ordinateur, qui a été livré avec lui depuis que Sames a racheté Microsoft. Sames est peut-être le premier groupe du monde, c’est peut-être la plus grande machine commerciale et de communication du monde, mais ça ne m’aura pas et ça n’aura pas mon fils. Je ne veux pas devenir un robot comme les autres, je veux rester en dehors de ce jeu et de cet esclavage.
C’est ma lutte, ma pensée…ma liberté. C’est à moi et même si je dois devenir « volontaire », ça le restera à jamais.



« Alors, qu’est-ce que t’en penses ?
- C’est impressionnant, je pensais pas que tu étais allé aussi loin !
- Je vais faire un carton au Concours Annuel.
- C’est clair : personne n’aura un meilleur personnage que toi ! C’est complètement révolutionnaire d’avoir un Sames qui déteste les Sames et croit qu’il est libre !
- Ouais, hein ? J’ai eu l’idée quand mon père est parti, l’an dernier. Après que maman et lui aient divorcé et qu’il ait dû s’installer tout seul.
- Ah…ah bon ?
- Oui. Il a toujours détesté ce jeu et a toujours voulu m’en protéger.
- Pourquoi ?
- Il pensait que ça pouvait me faire du mal…des conneries, quoi. Mais c’était mon père alors j’ai voulu lui rendre une sorte d’hommage, en fait. Un cadeau pour lui.
- En faisant un Sames comme toi ? Et surtout un comme lui ?
- Ouais, exactement comme lui. »

Les yeux de Gabriel s’arrondirent en fixant son Sames : il en était fier et il espérait que son père apprécierait aussi quand il reviendrait. Après tout, il avait fait ça pour lui, pour qu’il soit encore un peu avec lui, qu’ils partagent encore des choses. Qu’il soit fier de lui.

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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyDim 1 Fév - 14:17

Sinistre mais très bon. Tu rejoins mes craintes pour le futur de nos gosses et les dérives du cyberespace. Ca me fait penser à substance mort de K. Dick, où la société est enfermé dans le cercle vicieux de la drogue ; ici, on a la même chose mais avec un jeu, une multinationale qui prend le contrôle du monde par la passivité intellectuelle de l'Humanité.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyVen 3 Avr - 1:04

Toujours un prix.

« Quelle heure est-il ?
- Moins le quart.
- De quoi ?
- Moins le quart.
- Oui mais moins quart de quelle heure ?
- De quatre.
- Il est quatre heures moins le quart ?
- Ouais.
- Du matin ?
- De l’après-midi. T’as ‘têt trop bu, toi. Et pas assez dormi. »

Warren se cogna le front en se levant trop vite de son lit superposé : un grognement de douleur accompagna sa rapide descente de l’échelle pour sauter sur le sol sale de la chambre de six mètres carrés qu’il partageait avec Louis, son collègue de jour qui le regardait comme toujours étrangement. Warren boutonna sa salopette bleue qu’il n’avait pas quitté depuis trois jours ; encore quatre et il pourrait la mettre au sale et en récupérer une autre. Pour le moment, l’odeur n’était pas encore insupportable, il avait de la chance : d’habitude, c’était une torture dès le milieu de la deuxième journée.
Malheureusement, il semblait que la chance ne soit pas plus présente ; il était en retard et ne prit même pas le temps de prendre son petit-déjeuner, composé d’une soupe de pois et d’un vague jus qui n’avait d’orange que le nom. Encore de la sous-marque en provenance d’Asie, mais c’était tout ce qu’ils pouvaient se payer.

Sans même saluer son collègue qui s’était couché sur son lit après ses onze heures trente de travail, Warren passa la porte et se dépêcha de sauter dans le long escalier de leur résidence. Le bâtiment avait été construit six ans auparavant mais puait déjà la pisse et l’abandon de l’espoir. Ceux qui vivaient ici savaient très bien quelle existence ils devaient mener, et l’acceptaient jusqu’à ce qu’ils en finissent. Warren passa à l’étage des prostituées puis termina sa course sur le palier de l’immeuble. Il avait fait en moins d’une minute la descente de six paliers, c’était impressionnant…mais peut-être pas assez pour avoir son train.

Il continua de courir, espérant que ses poumons fatigués par la cigarette et les fumées de l’Usine tiendraient encore. Il n’avait que vingt-six ans mais en semblait quinze de plus, comme à peu près tous ceux de son immeuble. Warren était une des Petites Mains de l’Usine, ceux qui travaillaient quasiment douze heures par jour sans relâche pour un salaire de misère et le « droit » de vivre dans un des bâtiments de la Compagnie, moyennant la moitié de leurs revenus, bien sûr.
Il savait très bien que c’était injuste et horrible, mais il ne pouvait faire rien d’autre ; malgré la pisse, malgré les maladies transmises par les prostituées du premier étage, malgré Louis qui avait parfois les mains baladeuses la nuit, il était toujours mieux traité que ceux vivaient dans les égouts et plus généralement au niveau inférieur, qui mangeaient rats et déjections pour survivre. Jamais il ne pourrait élever son niveau de vie – c’était réservé aux Grands Yeux et aux Beaux Esprits –, il ne pouvait donc que se battre pour garder ce qu’il avait.

Un siècle plus tôt, des hommes et des femmes s’étaient battus pour plus d’égalité dans le monde : l’Amérique s’était soulevée, bientôt suivie par la France. Malheureusement, tout ça avait disparu : le XIXe siècle n’avait pas su relever les défis de la fin du XVIIIe, et alors qu’ils approchaient bientôt du XXe, Warren savait que rien ne changerait. Le Fer règnerait toujours et la Vapeur continuerait ses avancées : on parlait de plus en plus de machines censées joindre les continents pour que les automobiles puissent passer de l’un à l’autre sans trop de souci, avec en plus des possibilités pour aller dans des « royaumes souterrains ». Avec des gens comme Von Horlow et Gallach, la Science semblait sans limite…du moment qu’elle s’occupait d’enrichir la Compagnie.

Warren avait déjà mal aux pieds mais parvint finalement à son arrêt. Plusieurs personnes étaient déjà présentes et avaient sorties leurs morceaux de charbon ; heureusement, il préparait toujours le sien dans la poche de sa salopette avant de s’endormir. Il reprit difficilement sa respiration, passant doucement sa main dans ses cheveux sales. Il n’était pas beau à voir, n’était pas lavé depuis trois semaines et faisait peur, mais personne ne le regardait – car tout le monde était comme lui.
Ils étaient à dix-huit mètres du sol, avec au-dessus d’eux trois autres arrêts du long réseau du train passant dans la Ville. Il y avait différents points pour rejoindre les autres niveaux mais Warren n’aurait jamais le droit d’y parvenir : il n’avait pas son code sur le bon côté de sa main pour ça – il l’avait sur le dos de son poing.
Seuls les Grands Yeux pouvaient allés au niveau deux car ils avaient dans la paume, seuls les Beaux Esprits pouvaient accéder au niveau trois car ils avaient le leur sur l’avant-bras et enfin le dernier était réservé aux Maîtres de la Compagnie, ceux que personne ne connaissait.

Pour les gens comme lui, c’étaient des figures quasi divines, inconnues et inébranlables ; il était né alors que le système avait déjà été mis en place, avec les Couveuses Spéciales au deuxième niveau où les enfants étaient gardés jusqu’à leur huit ans, où ils commençaient en Petites Mains. Le monde ne tournait peut-être pas rond, mais pour Warren ça avait toujours été comme ça…il ne pouvait rêver d’autre chose que dans les quelques livres qu’il trouvait, mais rien de plus.

Le train arriva alors, accompagné de son escorte de fumée noire. On ne voyait presque pas le corps du véhicule tant le relent de la grande machine à vapeur était forte, et cela ressemblait plus à une locomotive menant aux Enfers que le moyen de transport que c’était censé être. Tous les jours, Warren le prenait pour rejoindre l’Usine où il devait travailler pendant six heures avant d’avoir une pause de trente minutes pour manger, pour finalement reprendre et finir, exténué, sa nuit. Il faisait partie de l’équipe nocturne, et ne connaissait presque plus les rayons de soleil. Les seuls qu’il voyait, c’étaient ceux de la Journée des Joies, instituée une douzaine d’années plus tôt quand la France avait définitivement perdu la Guerre Vapeur face à la Prusse. Depuis, le pays n’était plus qu’une colonie germano-anglaise, et les conditions de vie étaient paraît-il pires.

Sans volonté, il entra dans le train, donnant au contrôleur son morceau de charbon ; comme pour tout, il fallait payer : rien n’était gratuit en cette fin de siècle. L’accès aux toilettes de l’immeuble étant payant, Warren préférait se retenir toute la journée pour la petite commission et pendant deux jours pour la grosse. Avec l’argent qu’il « économisait », il espérait pouvoir s’acheter un autre livre, mais jamais il ne pisserait dans l’escalier comme les autres. D’une, il ne voulait pas s’abaisser à ça mais surtout il savait que la Force passait souvent pour emmener ceux qui s’adonnaient à ces « plaisirs coupables » ; et il n’avait aucune envie de finir dans les prisons du niveau zéro.

Le voyage fut comme d’habitude long et morne.
Nul plaisir, nul loisir n’était présent dans le train : personne n’avait l’argent pour, et personne n’y songeait finalement ; chacun acceptait son existence, triste et lasse, comme une des finalités de l’univers. Tout le monde était entassé l’un sur l’autre, debout. Certains chanceux se trouvaient près des fenêtres à un quart ouvertes, par crainte d’un suicide ; non pas que la Compagnie ait peur de perdre un élément – il lui suffirait de chercher dans les égouts du niveau zéro pour retrouver de la main d’œuvre aisément manipulable – mais surtout qu’il était toujours ennuyeux de chercher le corps au sol, du fait que plus personne ou presque ne vivait là-bas. C’était le territoire des prisonniers et des abandonnés, et s’il était aisé d’y chercher des employés, il était beaucoup plus dangereux d’y retrouver un corps. Même si la Compagnie en laissait souvent, elle préférait les récupérer pour d’obscures raisons…Warren ne préférait ne pas y penser avant d’arriver.

Finalement, le train s’arrêta devant l’Usine, monstrueux bâtiment prenant racine sous le niveau zéro et terminant au niveau quatre. Il s’agissait du bâtiment le plus impressionnant de la Ville : si celle-ci était faite d’immeubles monstrueux, de buildings sombres et froids autour desquels le train zigzaguait abondamment, l’Usine était véritablement à part. Construite plusieurs années plus tôt, elle était le centre économique et géographique de la cité ; elle était ce qui la faisait vivre et ce qui régnait sur les vies de ceux qui y travaillaient.
Dans la Ville, on naissait grâce à l’Usine qui finançait les Couveuses Spéciales, on travaillait à l’Usine, on dormait grâce à l’Usine et on y mourrait pour y « revenir », sans que personne ne sache vraiment comment. Warren aurait bien voulu découvrir ce mystère, mais nul ne semblait vouloir en parler. Tout le monde avait peur de savoir, en fait.

Avec un visage fermé, il s’avança donc vers l’entrée de l’Usine, comme tous les autres. Pas un ne risqua un regard sur les autres niveaux : tous savaient qu’ils seraient soit dévorés d’envie, soit terrifiés en voyant ceux du sol s’acharner contre l’Usine. Ils la tenaient comme responsable de leurs malheurs, même si personne ne savait vraiment ce que ça voulait dire ; plusieurs légendes courraient sur le fait qu’ils seraient d’anciennes Petites Mains ayant été rejetés par les Beaux Esprits, mais rien de concret. Comme d’ailleurs les mystérieux bruits qu’on entendait la nuit quand on se baladait : des sortes de cris inhumains et déchirants étaient poussés à cause de hurlement quasiment animaux. Warren n’avait assisté à ça qu’une seule fois, mais ça lui avait suffi pour ne pas dormir plusieurs semaines durant.

Comme d’habitude, il se présenta à la porte de sa section, spécialisée dans l’assemblage de la partie inférieure des sièges d’automobiles. Toute la journée, il montait les deux mêmes pièces aux mêmes endroits et vérifiait que son collègue avait précédemment bien mis une autre pièce au bon endroit. Tout le temps, encore et encore, les mêmes gestes, les mêmes attitudes. Beaucoup devenaient fous à cause de tout ça mais la Compagnie leur donnait des cachets – moyennant un quart de leur salaire, bien sûr. Ces pauvres types étaient quasiment catatoniques et ne mangeaient presque plus, mais au moins continuaient leur travail.
Pour la Compagnie, c’était parfait. Pour Warren, ça ne semblait pas « juste » mais il ne savait pas vraiment ce que ça voulait dire ; il avait appris le mot dans un livre acheté au marché de son niveau, et en avait conçu une certaine définition, mais tout ça restait très flou.

Sans entrain, il passa donc devant un des Grands Yeux qui cochait sur sa liste les employés de sa partie de section dès qu’ils lui présentaient leur code : chaque section étant immense, il y avait à chaque fois six Grands Yeux, chacun s’occupant d’une zone différente et devant connaître chaque travailleur pour pouvoir le surveiller et le noter présent ou non. Du fait de leur emploi, ils avaient un pouvoir de vie ou de mort sur les gens comme Warren et en abusaient : des cas de viols et d’abus étaient fréquents, et tous les Grands Yeux étaient corrompus pour « augmenter » les notes qu’ils rendaient aux Beaux Esprits. Bien sûr, ils ne changeaient jamais rien sous crainte de redevenir des Petites Mains, mais empochaient quand même l’argent ; et les gens payaient par crainte d’être encore plus mal notés.

« Toi. »

Warren déglutit quand le Grands Yeux le pointa de son doigt sale et noirci par son crayon. Souriant sadiquement, habillé d’une chemise jadis blanche et désormais beige, il lui fit d’approcher avec son os à peine couvert de chair ; immédiatement, il obtempéra, le cœur battant la chamade. Il avait peur comme jamais : ce n’était pas bon signe d’être appelé par un Grands Yeux, surtout par un vicieux comme lui. Ca ne faisait que quelques mois qu’il avait été affecté là, et voulait se faire encore bien voir par les Beaux Esprits par des excès de zèle. Quelques collègues avaient déjà fait les frais de sa politique de tolérance zéro, et Warren se voyait déjà abandonné dans les égouts pour une erreur bête ; même s’il ne s’en rappelait d’aucune, il savait que ça ne changeait rien pour les Grands Yeux.
Après tout, un employé ne comptait nullement pour l’Usine et à fortiori pour la Compagnie, qui exportait ses produits dans des endroits inconnus des gens comme lui. Il ne représentait rien, encore moins que ceux du niveau zéro qui semblaient ennuyer la Compagnie et dont elle se préoccupait au moins un peu.

« On te demande derrière.
- Qu…quoi ?
- Vas-y. Maintenant. »

Le Grands Yeux montra de son ponce osseux une porte derrière lui, que Warren n’avait jamais vu auparavant. Etait-elle nouvelle ? Venait-on de la construire ? Il savait que c’était impossible, que ça aurait nécessité des travaux qui auraient nui à l’efficacité de la section et que personne ne pouvait accepter ça ; ça voulait donc dire qu’elle avait toujours été là, mais qu’il ne l’avait jamais remarqué.

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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyVen 3 Avr - 1:05

Autour de lui, ses collègues passèrent, le visage morne et les yeux rivés sur le sol, apparemment détachés de son sort. Il aurait été comme eux si c’était arrivé à quelqu’un d’autre : en plus du fait que les Grands Yeux n’appréciaient jamais qu’on s’occupe de leurs affaires, les employés étaient toujours plus absorbés par leurs propres tâches que par celles de leurs collègues.
Ne voulant pas énervé le Grands Yeux, Warren se dépêcha donc de passer à côté de lui et de passer la porte, entrant dans une pièce sombre…très sombre. Il ne pouvait dire sa taille tant l’obscurité régnait : seule une table était visible, avec une petite lampe au milieu. Il distinguait les mains d’un homme et un costume gris, mais ne voyait nul visage et nul code – ça devrait quelqu’un d’important. Il s’approcha et se rendit compte qu’il n’y avait pas de chaise : il voulut ouvrir la bouche pour le signaler mais une voix froide et métallique le coupa.

« Vous n’avez pas besoin de vous asseoir. Vous êtes le Petites Mains K140607 de la section 7b-t-r du niveau un, c’est ça ?
- Je…oui.
- Répondez clairement, Petites Mains.
- Oui.
- Vous vivez dans l’immeuble 11e-d-g, au sixième étage ?
- Oui.
- Votre colocataire est aussi Petites Mains, code J897865, vous vivez ensemble depuis trois ans.
- Oui.
- Que pouvez-vous dire sur lui ?
- Quoi ?
- Répondez : dites-nous ce que vous savez sur lui. »

Warren ne comprenait rien : qu’est-ce que ça voulait dire ? Pourquoi cet interrogatoire ? Louis avait trois ans de plus que lui, était gros, un peu fainéant mais faisant son travail aussi bien qu’un autre. Il était certes déviant et il devait réfréner ses ardeurs, mais…mais il y en avait bien d’autres comme ça ! Il en avait fait l’amère expérience lors de ses premières colocations…il ne comprenait donc pas pourquoi il devait répondre à ces questions.
Néanmoins, l’homme avait de belles mains : propres, manucurées, elles n’avaient jamais connu le travail et le costume était de très bonne facture, lavé aussi. Ca devait être un Bel Esprit, ou au moins un Grands Yeux ; se le mettre à dos était une folie qu’il ne ferait jamais.

« Louis…Louis n’est pas différent des autres : il travaille de jour, fait son travail. Mange selon les rations qu’il peut acheter, va aux toilettes une fois par jour même pour…même pour ce qui n’est pas la pisse. Je ne le connais pas beaucoup, mais c’est un employé honnête…enfin, il fait comme tous les autres. »

Warren essayait de parler le mieux possible, mais il savait que ce n’était pas parfait. Il voulait faire la meilleure impression possible pour éviter de perdre sa tête, si tant est que c’était encore possible.

« Nous savons que votre colocataire est déviant, qu’il ne se donne pas autant qu’il le faut au travail et qu’il a déjà tenté d’abuser de vous. Nous savons aussi qu’il a uriné dans l’escalier et qu’il a pris de force une des prostituées de votre immeuble. »

L’homme marqua alors un silence.
Warren ne voyait toujours pas son visage et ne devinait même pas sa silhouette. Tout ce qu’il entendait, c’était une voix mécanique, sûrement modifiée par un de ces appareils reliés aux énormes machines de l’Usine permettant de communiquer à distance ou plein d’autres choses fantastiques.

« Nous savons aussi que vous savez tout cela. »

Il ne sut pas quoi dire alors : devait-il acquiescer ? Protéger son collègue ? Tenter de l’excuser ? S’ils savaient, ils savaient et nier serait stupide. Il était en face d’un Bel Esprit, quelqu’un de deux niveaux supérieurs à lui : mentir serait une injure, presque un blasphème. Il n’était qu’une Petites Mains, moins important que ceux du sol, après tout ; moins que rien.

« Je…oui.
- Répondez distinctement. »

Sa voix avait été faible, et Warren sentit presque une émotion dans la voix métallique, comme un début d’excitation. Il ne comprit pas pourquoi, mais savait qu’il devait suivre cet ordre : sa vie en dépendait.

« Oui. C’est vrai.
- Bien, vous pouvez disposer. »

Warren fut interdit : c’était tout ? C’était fini ? On l’avait convoqué, on l’avait apeuré juste pour quelques questions menant à une vérité qu’ils connaissaient déjà ? Ils ne voulaient rien d’autre ? Encore une fois, il ne comprenait rien et voulait des réponses ; pour la première fois de sa vie, il s’opposa à la Compagnie en n’obtempérant pas : il ne bougea pas. Plus par stupéfaction que par réel sentiment révolutionnaire.

« Vous. Pouvez. Disposer. »

La voix se fit plus forte, et il eut mal aux oreilles d’entendre ce son métallique certainement poussé plus fort ; mais il ne bougea pas. Warren voulait des réponses, au moins savoir ce qu’il venait de se passer. Mû par une inspiration inconnue, peut-être du courage mais sûrement de la folie, il parla sans qu’on l’ait invité.

« Je…qu’est-ce qu’il va arriver à Louis ? Il…il ne sera plus après, hein ? Quand je reviendrais, il ne sera plus là, hein ? »

Un long silence suivit à nouveau ces quelques mots.
Warren s’attendait à être saisi par des Grands Yeux, être lancé au niveau zéro ou être rabaissé par le Bel Esprit ; il s’attendait à voir son existence détruite par ce réflexe humain mais suicidaire…mais rien ne se passa. Les secondes s’égrenèrent, tendues, tandis qu’il fixait l’homme dans l’ombre, qui tenait sa vie entre ses mains – et qui le savait, et qui en jouait.

Finalement, un petit rire mécanique rompit le silence, terrifiant par son aspect inhumain qui ne tenait pas seulement à l’appareil utilisé. L’être qui riait n’était pas comme Warren : il était plus dur, plus froid et même son rire n’était pas naturel…pas sain. Il était différent…inhumainement différent aurait dit Warren s’il avait eu le vocabulaire pour.

« Non, il ne sera plus là. Vous aurez un autre colocataire, mais ne vous inquiétez pas pour Louis : il va faire un voyage.
- Un…un voyage ?
- Oui, un voyage. Avec nous. Nous allons l’emmener dans un endroit qu’il connaît, que tout le monde connaît mais que personne n’a jamais visité. Nous allons l’emmener, et nous amuser avec lui. Ça sera très drôle, nous nous amuserons beaucoup : nous faisons ça souvent, pour nous détendre et nous emmenons quelques élus qui nous semblent conformes, qui nous semblent suivre les profils recherchés. C’est vraiment très amusant. Et qui sait, peut-être un jour aurez-vous aussi la chance de faire ce voyage avec nous…je pense même que ça peut s’arranger, dans quelques années. »

Crispé, Warren réussit par un petit miracle à sourire et sortit sans rien dire, trop heureux d’avoir échappé à la foudre du Bel Esprit. Il n’avait rien compris mais était trop heureux d’être encore vivant ; il retourna donc à son travail, se laissant aller dans ses gestes répétés qui lui semblaient si merveilleux après avoir vécu un tel moment.
Le soir, quand il rentra, Louis n’était plus là comme on le lui avait dis. Et cette nuit-là, il ne parvint pas à dormir, plus habitué à être seul dans sa chambre et encore retourné par ce qui lui était arrivé. Il avait failli tout perdre, quand même ! Et il s’en était sorti par il ne savait quelle chance folle. Marchant dans la nuit, Warren avait alors le cœur léger : il se rendait maintenant compte qu’il n’aurait plus à craindre les assauts de Louis quand il rentrerait plus tôt ou partirait tard, ou bien le dimanche matin ; il n’aurait plus à espérer qu’il ne lui prendrait pas ses rations. Il serait plus libre, maintenant…peut-être même vraiment libre ! Il pourrait s’arranger avec son nouveau colocataire pour qu’ils n’aient pas les mêmes rapports : vu qu’il serait l’ancien, il pourrait poser de bonnes conditions et être peut-être plus heureux. Il pourrait même bien s’entendre avec lui ! Ou sinon lui rendre la vie impossible pour avoir ses avantages à sa place…c’était lui qui déciderait, c’était lui qui serait libre d’avoir le pouvoir en tant qu’ancien.

Un énorme sourire apparut alors sur son visage, tandis qu’il se baladait tranquillement près de l’arrêt de train, sourire qui ne disparut que lorsqu’il entendit à nouveau les cris et hurlements étranges venant du niveau zéro. Comme d’habitude, la nuit était trop sombre pour voir quelque chose, mais cette fois-ci, Warren frissonna en entendant un des cris…et en reconnaissant la voix. L’être ou la chose qui venait de crier, de peut-être rendre son dernier soupir était connu par Warren, lui qui l’avait entendu tellement chanter lors des Journées de la Joie qu’ils avaient passés ensemble et lors des répétitions les précédent.
Et alors qu’il se pressait vers son immeuble, terrifié, il se rendait alors compte que la liberté qu’il avait chéri quelques instants plus tôt avait un prix, comme chaque chose en cette fin de siècle.

Seuls les plus forts, les prédateurs, comme dans une chasse, survivent.
Et s’amusent.

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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyVen 3 Avr - 21:40

Pas mal. Une fin de XIXème siècle comme on aurait pu l'imaginer vers 1850, avant que la montée des mouvements syndicaux, grèves et révoltes, ainsi que la création d'états "providence" ne viennent arbitrer le monde du Factory System. C'est d'autant plus d'actualité que tout nos acquis sociaux s'en vont avec l'emergence d'un ultra liberalisme non régulé, depuis les années 80. Nous ne sommes pas à l'abri de ce genre d'autocratie totalitariste articulé autour de l'usine et de la production maximale.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyLun 28 Sep - 10:46

Le Retour.

« C’est dans cinq minutes, Joe.
- Okay. »

La porte claque derrière Mike. Je suis seul, encore. Face à moi-même.

J’ai…j’ai peur. Je ne l’avouerais jamais à voix haute, mais je suis terrifié. J’ai tout fait pour être là, ici et maintenant…je doute. Je me demande si j’ai eu raison de venir, si je ne me suis pas surestimé. Forcément, d’ailleurs. Je me suis toujours cru plus fort que je ne l’étais ; c’est pour ça que je suis ici, en fait.

C’est mon retour, ce soir. Des centaines de personnes attendent, dehors. Ils m’attendent, moi. Ils veulent me revoir remonter sur le ring, revoir « Big Joe » mettre au tapis un loser quelconque ; et ils vont voir ça. Ils ont payé, ils se sont traînés jusqu’ici alors que ce n’est qu’une bande d’alcooliques, de chômeurs et de putes. Ils sont la merde de l’Humanité, ils sont des rebuts de l’Enfer.
Ils sont mes fans. Mon Enfer.

Je vais gagner, je le sais déjà. Mike a arrangé ça grâce au Gros, et on m’a mis au courant pour que je sois plus « détendu ». Un pauvre loser comme moi va s’allonger pour que je puisse être le « vainqueur » ; lui aussi revient de l’Enfer, lui aussi a connu la défaite et l’humiliation…il est juste plus vieux. Sur moi, on peut encore gagner. Sur moi, on peut encore se faire du fric.
C’est pour ça que tout est prévu…c’est pour ça que je suis là.

Ça fait des semaines que je n’ai plus boxé…que je me repose. Que je panse mes plaies, que j’essaye de me reprendre. Mike me dit que c’est normal, que tous les boxeurs sont passés par là : le doute, les remords, la crainte…c’est pour tout le monde la même chose. Il dit que je ne suis pas différent des autres sur ce point et que tout ira bien. Que je n’aurais qu’à frapper et tous mes coups atteindront leur but, et qu’enfin tout redeviendra comme avant.

Ouais. Tout va redevenir comme avant. C’est mon retour, mon « grand retour » comme le disent les affiches du combat. Après des semaines à boire à la paille et demander à ma femme de me gratter les fesses. Après des semaines à pleurer la nuit en espérant ne pas me réveiller le matin. Après des semaines à me rappeler pourquoi je n’étais pas à la hauteur.
Je ne l’ai jamais été. Ce n’est pas de la déprime de boxeur, ce sont juste des faits : je n’ai jamais gagné de grand combat, je n’ai jamais été aussi extraordinaire qu’on le dit. J’ai…triché. J’ai presque toujours triché.

J’ai demandé de l’aide à ceux qui savent construire des carrières parce que je pensais que c’était la meilleure solution. J’ai vendu mes poings à des criminels pour qu’ils créent « Big Joe » ; le jour, je m’entraînais, le soir j’étais sur le ring, et la nuit…la nuit, je me battais encore. Mais sans règle, sans scène, sans public. Juste les poings cognant sur de la chair molle, sur des pauvres gars qui ne payaient pas ce qu’ils devaient au Gros.

Je n’en suis pas fier, mais c’est comme ça que « Big Joe » s’est créé. Tous les matchs que j’ai gagnés, toutes mes victoires sont fausses ; je ne suis pas un gagnant…je suis un tricheur. Des gosses me voient comme un modèle alors que je suis creux.
« Big Joe » n’existe pas. Il n’y a que Joseph, un pauvre type de New York qui essaye de donner un sens à sa vie…et foire tout. J’ai basé mon existence entière sur un mensonge, et je m’y suis perdu.

Ma…ma femme ne sait rien. Ma fille non plus. Elles me voient comme une idole, comme quelqu’un de remarquable, qui a su passer au-delà de sa blessure pour revenir. C’est mon grand retour, après tout ; et je vais gagner, et relancer une série de victoires. Elles seront fières, elles hurleront dans le public et je serais encore merveilleux.
Mais c’est faux. Je leur mens, comme je mens aux gosses dans la rue. Je ne suis pas un « héros », je ne suis pas une icône. Je suis juste un type qui essaye de faire quelque chose de sa vie et n’y arrive pas.

La seule chose que je sache faire dans ma vie, c’est frapper, user de cette grosse carcasse qu’on m’a donnée à la naissance. Je n’ai jamais été bon à l’école, et je ne sais pas tenir un outil dans mes grosses mains. J’ai trente-trois ans, et ma seule utilité en ce monde est de taper d’autres pauvres types comme moi. Et je triche.

Je suis un maillon d’un système pourri, et…et ça n’est pas de ma faute. Gamin, j’ai eu le choix entre ça et une vie de crimes et de délits, une vie de p’tit con qui ne dépasserait pas les vingt-cinq ans. Au fond, j’ai choisi la « meilleure » solution : je suis en vie, j’ai une famille et je vais bientôt faire mon grand retour.

Mais c’est faux. Ça a toujours été faux.
Et je n’arrive plus à le supporter.

Je n’arrive plus à me regarder dans une glace, maintenant. Je n’arrive plus à me dire que ça ira, qu’il faut juste profiter et oublier le reste. Un pauvre type va se laisser tabasser pour des histoires de fric, et je devrais faire ça sans rien dire. L’esprit de la boxe, le « noble art », je n’y ai jamais cru : ça n’a toujours été qu’une histoire de types qui se frappent pour que d’autres exultent, mais…quand même.
La boxe, c’est aussi du respect, des règles…de l’honneur, au fond. Ce sont deux hommes qui sont prêts à se déchaîner l’un sur l’autre, mais jamais à se tuer. Qui se frappent sur le ring mais boivent un verre après ensemble, et se font soigner ensemble. Ce sont deux hommes qui s’affrontent.

Deux hommes seulement. Pas plus. Pas des intérêts, du fric ou de l’influence. Juste deux hommes et un ring.

Je fais partie de ce système pourri et quoique je fasse, il ne changera jamais. Que je perde, que je gagne, le Gros sera toujours gros, Mike sera toujours Mike et les magouilles continueront.
Je sais tout ça. Je sais aussi que si je ne fais pas mon grand retour, Nora et Julia ne pourront pas continuer à vivre ainsi, qu’elles perdront ce que j’ai mis tant de temps à leur donner. Que « Big Joe » n’existera plus jamais, que je perdrais tout.

C’est mon grand retour, le début d’une longue série de victoires selon Mike – et on peut le croire, il a tout préparé. C’est mon grand retour. J’ai encaissé la blessure, le handicap, tout…je mérite ce retour. Je mérite cette carrière, après avoir tabassé tant de pauvres gars.
C’est mon grand retour. Tout ce que j’ai à faire, c’est de tabasser un pauvre type qui a profité des mêmes choses que moi.

Chacun son tour, en fait. Il a eu sa part, à moi la mienne. Et comme ça, ma famille sera heureuse, et j’aurais tout ce dont j’ai toujours rêvé. Gamin, je voulais être riche, célèbre, aimé…heureux. Je voulais être heureux, je voulais être ivre d’un bonheur dont on m’avait toujours privé, alors que mon père était emmené en prison sans oser me regarder en face ; il a condamné ma mère au trottoir à cause de ça. J’avais honte des moqueries à l’école, j’étais dégoûté d’être moi-même et je me suis juré de ne jamais revivre ça. De me battre pour que ça n’arrive plus.

Gamin, je voulais être fier de moi et ne jamais tomber aussi bas que mes parents.
Gamin, je voulais ne pas ressembler à mon père. Je voulais, quoique je fasse, quoiqu’il m’arrive, être capable de regarder mes enfants dans les yeux et leur dire que j’avais fait ce que j’avais pu, parce que ça aurait été le cas.

Gamin, je voulais être un homme pouvant se regarder dans la glace. Je voulais être un homme fier.

« Joe ? C’est à toi. »

Lentement, je me lève. C’est mon grand retour, le début d’une longue série de victoires. Ça doit être facile, rapide. Ça le sera.

Mes pas me mènent dans le couloir, à quelques centimètres de mon adversaire, un rouquin bien bâti d’une quarantaine d’années – Jack, paraît-il. Je ne le connais pas plus que ça, mais il a été très bon, à une période. Il a juste forcé sur la bouteille et doit maintenant gérer son gosse handicapé.
Il tient entre ses doigts une petite main, celle d’un gamin roux lui aussi…et aveugle. Il a un gosse aveugle, et il soupire en le regardant ; il semble partagé, perdu. Le Gros a dû lui promettre du fric s’il se couchait, mais ça veut dire se coucher devant…son fils. Aveugle. Son fils handicapé, qui doit en baver ici et qui ne doit avoir que son père comme héros, comme espoir.

Ouais, le gosse ne doit avoir que lui, ça se sent. Ce type n’a qu’à se laisser faire pour empocher le fric et donner un avenir à son gosse. C’est facile, rapide. C’est une chance inespérée d’aider son gamin.

Mais ça veut dire perdre devant son gosse. Détruire la confiance qu’il a en son idôle. Et il ne le fera pas.

Il ne laissera pas son fils subir la honte de la défaite. Ça ne sera pas la fois de trop, ça se sent dans son visage. Il ne s’humiliera pas une fois de plus, ce soir.
Et moi non plus.

Je suis « Big Joe », tout le monde m’attend et ça doit être mon grand retour. Ça sera ma grande sortie. J’ai mal aux côtes et à la nuque, mes poings sont usés et je vais perdre, je le sais. Jack est vieux mais je sais qu’il veut rendre son fils fier ; il y parviendra. Je vais me donner à fond, je vais me battre comme jamais mais je ne peux rien face à un père voulant rendre son fils fier de lui.

Ça sera un beau combat. Ça sera une belle soirée, pleine de surprises. Et ça sera malgré tout mon grand retour. Pas sur le ring, pas dans la boxe. Ce soir, je fais mon grand retour devant la glace.

Ça ne sera pas facile, ça ne sera pas rapide, mais ce n’est pas grave. C’est le seul retour qui importe ; le seul qui me permette de dire à ma fille que j’ai fait de mon mieux – qui me permette de la regarder et de la prendre dans mes bras.
Le seul qui me permette d’être fier.

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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyMer 14 Oct - 18:33

Pour elle.

« C’est pour elle, tu sais. »

Mais Frankie ne m’entend pas.
Il est déjà mort.

Son sang coule le long de mes doigts ; je l’ai égorgé avec mon petit canif, celui que ma mère m’avait acheté quand j’étais petit. Je devais avoir huit/dix ans, et j’ai été absolument horrible jusqu’à ce qu’elle cède. Je voulais ressembler à je-ne-sais-plus quel personnage de série télé, et dès que j’avais eu ce petit couteau, j’ai été le plus heureux des gosses. Mon père n’a pas vraiment apprécié qu’elle m’achète ça, il pensait que ça serait trop dangereux pour moi.
Encore une fois, il trouva en son attitude une excuse pour la frapper. C’est sur lui que je me servis pour la première fois de ce qu’il appelait « camelote » et qui représentait pour moi une sorte de Saint Graal. Ce fut bon.

Lentement, sans me presser, je récupère sur Frankie les quelques pilules que j’étais venu chercher ; il a refusé de me les vendre, refusant même d’entendre mes explications sur mon absence d’argent. Il ne m’a même pas laissé terminer ! C’était un homme rustre et malpoli, une sorte d’ancêtre n’ayant pas dépassé le Moyen-Âge. Pourtant, j’ai longtemps eu besoin de lui et je sais que je regretterai mon geste. Après tout, c’était mon dealer attitré.
Oui, je regretterai mon geste. Mais demain. Ce soir, j’ai les pilules…je les ai pour elle.

Il n’a pas voulu comprendre, et ne le peut sûrement pas, combien c’est important, combien ça peut compter d’avoir quelqu’un dans sa vie. De devoir prendre soin de quelqu’un. C’était un petit dealer de banlieue, le genre qui se croit le maître alors qu’il n’est qu’un faible maillon d’une chaîne qu’il ne comprend même pas ; il me refusait quelque chose dont j’ai absolument besoin et espérait s’en sortir. Quel imbécile, il mérite cette leçon.

Evidemment, je sais déjà que je vais avoir des…soucis avec ses associés. Je suis au milieu d’une cour d’immeubles, avec les fenêtres toutes sombres mais je sais que tous les yeux sont braqués sur moi ; ils savent qui je suis. Il est plus que probable que je me fasse harceler demain pour rendre des comptes à propos de Frankie. Et je ne m’en sortirai sûrement pas.
Mais ce n’est pas grave. J’ai les pilules, et c’est pour elle que j’ai fait ça. Pour la serrer encore une fois contre moi.

Je…je ne me suis jamais drogué, en fait. Je n’ai jamais fumé, je n’ai jamais bu, et je ne me suis jamais piqué. J’ai toujours voulu garder mon corps sain, mon esprit sain mais…ça a changé. Non pas que j’ai fait pénétrer une aiguille dans mon bras : jamais je ne m’abaisserai à ça. Non. C’est mon cœur qui a été pris, c’est mon esprit qui est maintenant embrumé par la drogue.

Ma drogue c’est elle. Au point de tuer pour elle.

Jamais je n’ai ressenti quelque chose d’aussi fort, jamais je n’ai vécu une attirance et une fougue aussi puissante en moi. Je ne viens pas d’un milieu aimant : je n’ai pas été désiré par mes parents, mon père battait ma mère, elle en est morte…ce sont des choses tristes. Mais qui arrivent, comme disent les « gens normaux » ; ils ne savent rien, ils n’ont jamais essayé de savoir qui j’étais, ce que je voulais. J’ai été taxé de fou, de monstre mais sans jamais aller plus loin. Ils jugent sans vouloir savoir.
Ils font de moi un être ignoble, et s’ils me condamnent avant de m’écouter, ils n’ont pas tout à fait tort. Tout ce que j’ai vécu ne pouvait que mener à un être froid, distant, socialement inapte et terriblement dangereux pour ses congénères ; je ne suis pas quelqu’un de « normal », mais « on » aurait quand même pu essayer de m’aider. Ça aurait pu sauver des vies, en fait : après tout, j’ai bien assassiné mon propre père et je viens de prendre la vie d’un dealer. Certes, ce n’étaient pas de « bonnes » personnes, mais il s’agissait d’êtres humains. Qui auraient pu être sauvés. Mais qui ont mérité leur sort.

J’ai pris la vie de deux hommes et je n’en éprouve aucun remords.
Car à chaque fois, c’était pour elle.

Bien sûr, ce n’est plus la même femme ni le même objectif. Si j’ai tué mon père, ou plutôt mon géniteur, c’est pour la venger…pour le faire souffrir comme moi j’ai souffert quand il me l’a prise. Je…je n’ai jamais été aimé, ma mère ne m’a pas « câliné » ou dit qu’elle m’aimait, mais…mais quand je la harcelai de trop, elle cédait. Et elle me souriait même, parfois.
Elle ne m’avait pas voulu mais ne me rejetait pas, et pour moi ça semblait la chose la plus merveilleuse au monde. Je me rends compte maintenant que je n’avais droit qu’à quelques miettes, mais pour moi, c’était quelque chose de tellement énorme et de tellement magnifique qu’il était insupportable que sa disparition soit impunie.
C’est pour ça qu’il n’est plus là aujourd’hui.

Mais si Frankie, lui, est décédé, c’est parce que j’étais mû par quelque chose d’autre – un sentiment plus fort.
L’Amour. L’Amour envers une femme…ma femme.
Sans elle, je ne suis rien. Sans elle, je ne vaux rien. Sans elle, je ne veux plus rien.

On a voulu me la prendre, une fois. Des jours durant, elle avait disparu et j’ai tenté de la retrouver – en vain. Un chauffard l’avait apparemment fauchée quelques jours à peine après notre rencontre et alors que notre idylle n’en était qu’à ses débuts ; elle ne savait pas encore que j’étais fait pour elle, mais moi j’en étais déjà persuadé.
Pendant des heures, j’ai marché dans la ville, passant de rues en allées pour savoir où elle se cachait, où elle gisait à moitié morte. Et je l’ai retrouvé, à peine vivante.

Oui, elle avait bien été renversée mais je l’ai découverte à temps. Je l’ai amené dans l’endroit vers lequel mes pas me mènent, dans un entrepôt désaffecté qui me tient lieu de maison. Ce n’est pas luxueux, c’est humide, froid et un peu sale mais…c’est chez-nous. C’est notre petit nid d’amour, là où je l’ai soigné, là où elle se repose. Elle est encore faible et blessée, mais heureusement tout va s’arranger. Je n’ose imaginer comment elle serait, sans moi.

Bien sûr, nous venons de deux mondes différents et elle ne sait rien de mes…incartades, mais ça n’est pas grave. Nous nous aimons, ça dépasse mes démons et ce que je suis capable de faire. Elle est belle, drôle, intelligente…elle est ce dont j’ai besoin. Elle est ma mère, ma meilleure amie, ma pire ennemie, la femme de ma vie.
Elle est mon Alpha et mon Omega. Elle est ce dont j’ai besoin et ce qui me torture. Elle est ce que je peux faire et ce qui m’est inaccessible.

Elle est ce pourquoi je veux être meilleur.
Elle est celle que j’aime.

Ça n’a pas toujours été facile entre nous, mais je sais que tout ira bien, maintenant. Elle me regardait un peu de haut au début mais a su découvrir mes qualités – et fermer les yeux sur mes défauts. Je suis chez nous, enfin. J’approche de notre lit, là où elle se repose après son accident. Ses proches doivent se demander où elle est, et nous irons les voir quand elle sera entièrement remise ; pour le moment, je veux encore profiter d’elle, de ces quelques moments où nous ne sommes que tous les deux.

Elle est là, je la vois. Elle est si belle.
Je ne pensais pas que j’aurais droit à tant de bonheur. Je ne pensais pas en mériter autant. Après tout, je suis un assassin, un tueur…je ne sais pas m’adapter à un monde qui m’a toujours rejeté. On m’a pris la première personne à m’avoir traité un tant soit peu avec dignité, et je suis conscient que je ne vivrais jamais vraiment dans un appartement avec un travail stable.

Mais elle est quand même là. Avec moi.

Lentement, je m’approche ; il n’y a plus qu’elle ici, je ne vois même plus les murs sombres et sales. Seule elle emplit l’espace, comble mes yeux. Je peux presque la toucher, sentir son haleine, tenir ses mains. Elle est là…elle est à moi. Rien ne peut plus nous séparer, maintenant. Ni chauffard, ni rang social. Nous ne sommes qu’elle et moi, unis à jamais dans cet entrepôt répugnant mais qui est mon paradis.

Il n’y a que nous deux.
Et le monde et ses « gens normaux » qui n’ont jamais voulu me comprendre est bien loin dehors. Bien loin de nous. Bien loin de moi.



« Merde…c’est qui ?
- C’est Gabe, un clodo dangereux. Il avait été placé étant gosse après avoir tué son père et sa mère mais ne s’est jamais arrangé.
- Il s’est fait les deux ?
- Ouais, même s’il a toujours nié pour elle. Il n’a jamais supporté qu’on l’accuse d’avoir tué sa mère, mais les preuves étaient contre lui. Il a toujours traîné dans pas mal d’affaires bizarres, est considéré comme dangereux par pas mal de services sociaux mais n’a jamais été vraiment arrêté, autant par manque de preuves que de moyens. Ça aurait dû changer : j’ai instruit une plainte contre lui dernièrement.
- Ah ouais ?
- Ouais. Il suivait une femme dans la rue, il la harcelait même. Un mandat avait été déposé contre lui.
- Pour harcèlement ?
- Nan. Homicide involontaire : elle a été renversée alors qu’il tentait de lui parler. Elle s’enfuyait et n’a pas vu la voiture. Le conducteur est en dépression, depuis. C’était un chic type, des enfants, un boulot stable ; tout est foutu, maintenant.
- Merde…en tout cas, maintenant ton affaire est réglée. Tu pourras le dire aux familles.
- Ouais…mais ça change rien. La gamine est morte et lui s’en est tiré tout seul, avec en plus un p’tit trip’ sur la fin.
- Et en douceur, apparemment. T’as vu son sourire ? On dirait qu’il est au paradis.
- Le paradis des drogués, ouais. Son overdose l’a fait échapper à la justice…et ça contentera personne. Une gamine est morte par sa faute et lui s’est défoncé. On comprendra jamais ce qu’il s’est passé.
- C’est si important ?
- J’sais pas. Pour qu’il harcèle à mort une pauvre femme et qu’il se drogue autant, c’est qu’il devait bien vouloir quelque chose. Mais après, savoir quoi…personne ne le comprendra jamais. Personne de normal, en tout cas. »

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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyJeu 15 Oct - 16:15

Sympathique petit texte.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyMer 13 Jan - 18:52

Hop, un texte écrit en décembre sur Stingray ( http://en.wikipedia.org/wiki/Stingray_%28comics%29 ), super-héros océanographe un peu naze mais pour qui j'ai toujours eu une tendresse particulière.
Je considère objectivement que mon texte n'est pas très bon, mais j'ai essayé de le corriger pendant quelques semaines et je ne vois plus trop quoi y changer. Dites-moi, ô éventuels lecteurs, ce qui ne va vraiment pas pour le cibler dans mes prochaines productions.

Bonne lecture quand même !

Coming Home.

« Crzzzzalt ? Crzzalt, crzzzzm’entends ? CrzzzzWalt !
- Mmmmmh…Diane…?
- Crzzzm’entendzzzz?! CrzzzzWalt ?
- Diane ? Diane, c’est toi ? Diane !
- Crzzz… »

Plus rien. Walter était suffisamment habitué à la communication par radio pour savoir que s’acharner sur le dispositif de sa combinaison ne changerait rien. Pour une raison inconnue, sa femme Diane cherchait à le joindre et ils avaient été coupés. Restait à savoir maintenant ce qu’il s’était passé, vu qu’il ne se souvenait d’absolument rien.

Lentement, l’océanographe Walter Newell lança un rapide check-up des fonctions de la combinaison qu’il avait inventée – et il n’aima pas ce qu’il découvrit. Premièrement, la moitié des senseurs collés sur sa peau pour transmettre les informations à l’ordinateur central étaient hors d’usage. Ça voulait donc dire qu’il ne pourrait pas utiliser la combinaison à son maximum, du fait que le système ne pourrait pas s’adapter à chacun de ses ordres et de ses gestes.
Deuxièmement, le système d’extraction de l’oxygène à partir de l’environnement aquatique avait lui aussi été endommagé : il ne fonctionnait plus qu’à 50%. Il devait donc rapidement trouver une source d’air « classique » pour éviter de mourir noyé. Car oui, Walt se trouvait sous l’eau, dans les profondeurs au vu de la fraîcheur ambiante et des ténèbres l’entourant. Il n’avait aucune idée de comment il s’était retrouvé là.
Stingray, le Vengeur réserviste et membre de l’Initiative, était perdu.

Rapidement, il se palpa le corps pour voir s’il avait été blessé ou touché, mais la réponse était heureusement négative. Il se souvenait à peine qu’il était passé à l’Hydropolis, le complexe que lui et sa femme Diane administraient jadis avec des Atlantes et d’autres sur les fonds de l’ancienne société de Namor et de la Roxxon Oil, mais rien d’autre. Il avait été triste de voir comment la politique et des tensions imbéciles avaient mené à l’abandon d’un tel projet, mais rien d’autre.

Avec Diane et Namor, ils avaient tous trois rêvés d’une cohabitation pacifique entre l’Humanité et Atlantis, et cela aurait pu devenir réalité grâce à des complexes comme Hydropolis. Implantées sous l’eau, permettant la vie atlante et humaine par d’étroites segmentations et systèmes d’adaptation, ces bases avaient permis de le mettre au cœur d’un mouvement révolutionnaire et sans nulle autre pareille. Avec ses recherches sur l’Hydrobase, ça avait représenté les meilleurs moments de sa vie professionnelle.
Seulement, tout cela était maintenant tombé à l’eau.

Walter n’avait plus aucune nouvelle de Namor depuis l’attaque d’Atlantis sur Iron Man et les siens durant la Guerre Civile. Il l’avait entraperçu pendant la bataille, mais n’avait pas été assez près pour discuter avec lui et présenter ses condoléances pour Namorita. Diane et lui avaient tentés de joindre leur ami par tous les moyens qu’ils connaissaient, mais aucune nouvelle ne leur était parvenue. Le Prince des Mers avait décidé de couper tous ses liens avec le monde de la surface, et les dernières rumeurs semblaient confirmer un retour du « Prince de la Vengeance ». Et encore une fois, Newell ne pouvait pas le blâmer après tout ce qu’il avait vécu.

Seulement, si son amitié avec le Roi Atlante avait toujours été une part décisive dans son existence et avait participé à sa condition de « super-héros », Walter se trouvait dans une situation qui demandait avant tout une réaction immédiate ; il était en danger de mort. Ses appareils ne pouvaient pas lui indiquer à quelle profondeur où il se trouvait, et seul son sonar lui permettait de se diriger dans l’opacité ambiante. Il le mit en marche et nagea doucement, voulant autant éviter les pièges qu’économiser son énergie. Il devait absolument être le plus calme pour économiser le maximum son système de transformation de l’eau en air, mais ça n’était pas facile.
En fait, Newell avait peur. Il était seul, perdu dans les profondeurs de l’Océan Pacifique, sans aucune idée de comment il avait fait pour se retrouver ici. La liaison radiée avec sa femme était coupée, ses systèmes étaient quasiment tous hors d’usage et il naviguait à vue. Oui, il était terrifié et il n’avait pas honte de le reconnaître.

Même s’il faisait partie de l’Initiative et qu’il avait aidé Cap’ lors de la Guerre Civile, Walter ne se considérait pas comme un « super-héros ». Il était avant tout océanographe, passionné de la vie sous-marine et un fervent partisan d’une coexistence pacifique entre le Grand Bleu et le monde de la surface. Passant souvent pour un illuminé suite à ses théories et ses prises de position, il s’était néanmoins attiré une réputation flatteuse de par ses découvertes et ses réussites – et c’était de ça dont il était le plus fier.
Evidemment, avoir été un peu entraîné par quelqu’un comme Captain America forçait l’admiration, tout comme avoir rencontré un Dieu Viking ou un Protecteur de l’Univers. Mais pour lui, ça n’était pas pareil : ça ne représentait pas sa vie, son but dans l’existence.

Au fond, jouer les héros n’avait toujours été qu’un concours de circonstance : il n’avait créé ce costume que pour suivre les ordres de ceux qui le finançaient pour stopper Namor, parce qu’il le connaissait. Et il n’avait été Vengeur que pour apporter ses connaissances en océanographie et pour donner quelques coups de main à l’Hydrobase. Sauver le monde en costume n’avait jamais été une vocation et ne l’était toujours pas ; il ne reniait pas sa place dans l’Initiative, mais était très heureux d’être transféré pour retrouver pleinement sa passion. Et pour retrouver pleinement Diane.

Diane…
Alors qu’il touchait une énorme masse de pierre aux abords tranchants, Newell repensa de nouveau à sa femme, celle qui lui avait donné deux jumeaux et un autre fils dans quelques semaines. Elle était sa joie de vivre, son bonheur. Elle partageait sa passion pour la mer, elle l’aimait et le supportait malgré ses longues heures de travail et ses loisirs « héroïques ».
Comment aurait-elle pu dire non ? Elle avait longuement aimé le Prince des Mers avant de se rendre compte que ce dernier ne répondrait jamais à ses avances, et que le bon vieux Walter serait, lui, toujours là. Il savait et avait toujours su qu’il n’avait été qu’un deuxième choix ; si maintenant il était certain de son amour pour lui, il avait longtemps craint que Namor ne revienne hanter les désirs de sa bien-aimée. Manque de confiance en lui, sûrement, mais c’était le genre de choses contre lesquelles on ne peut lutter face à quelqu’un comme le Roi d’Atlantis, si bien bâti et plein de charme. Mister Fantastic devait en savoir quelque chose.

Cependant, maintenant, Diane l’aimait lui et c’était tout ce qui comptait. Il avait passé beaucoup trop de temps à s’occuper des péripéties super-héroïques, ces dernières années : membre des « Vengeurs Secrets », combattant la Loi d’enregistrement des super-héros, il avait voulu s’opposer à quelque chose qu’il considérait comme injuste et avait suivi un homme qui avait toujours forcé son admiration. Mais ils avaient perdu.

Cap’ avait abandonné en voyant les dégâts qu’ils avaient provoqués, comme si c’était la première fois que leurs combats menaient à des destructions massives. Walter l’avait toujours regretté, mais c’était quelque chose d’inhérent à la nature même de leurs engagements. Stopper un combat aussi essentiel pour la Liberté et l’Egalité pour une simple prise de conscience des dommages causés par leurs interventions lui avait paru quelque peu facile, mais…c’était Cap’. S’il semblait souvent naïf sur le monde et ses habitants, il n’avait pas eu le courage de s’opposer à sa décision.
Newell, comme les autres, était donc rentré dans le rang, direction l’Initiative et les leçons aux petits nouveaux. Le début de folles aventures et de pertes tragiques.

Depuis presque deux ans, Walter ne s’occupait plus que des affaires de la surface. Il n’avait que trop peu vus Lisa et Tommy, ses jumeaux. Il n’avait que trop peu profité de Diane. Il n’avait que trop peu pris soin d’elle. Soudainement attiré par la lumière des projecteurs, il avait foncé dans le projet de Stark et de Pym – enfin, de Stark et Pym-le-Skrull, maintenant. Il n’y comprenait pas grand-chose, mais il savait maintenant que tout ça ne l’intéressait plus.

Quelques heures plus tôt, il avait annoncé qu’il acceptait l’offre proposée par l’Initiative et retournait à ses occupations essentiellement océanographiques. Oui, il allait retrouver les éprouvettes, les calculs, l’observation longue et difficile ; il adorait ça. Recommencer tout ça, reposer tout à plat, laisser son imagination dériver sur de nouveaux concepts comme l’Hydrobase et l’Hydropolis…voilà ce qu’il aimait faire. Voilà ce qu’il voulait faire.
Etre un héros, ça avait été fun mais ce n’était pas pour lui. Voir Cap’ se faire arrêter, mourir, aider Stark, former des gamins qui grandissaient bien trop vite…il n’était pas fait pour ça. Il était un rêveur, un « imaginaute de la mer ». Elevé par Jules Verne, nourri des grands explorateurs, il voulait s’immerger dans son monde et ne plus le quitter.

Malheureusement, son rêve risquait de devenir réalité. Il ne lui restait plus que 25% de capacité de transformation d’eau en oxygène.

Son crâne le faisait souffrir depuis son réveil et il détestait l’ignorance – tout comme tous ses souvenirs remontant à la surface ; il devrait vraiment arrêter ces jeux de mots déibles. Il sentait que sa concentration faiblissait, à cause des profondeurs et de l’obscurité. Il avait longuement analysé les témoignages de marins perdus dans des submersibles s’étant enfoncés trop profondément et qui étaient devenus fous.
La mer pouvait prendre la raison d’un homme trop facilement, et il s’était juré de ne jamais se laisser ainsi prendre. Pas pour lui, mais pour Diane et les enfants.

Maintenant qu’il allait être de nouveau père, il était hors de question pour Newell d’abandonner. Ce n’était pas une histoire de Liberté, de Justice ou toute autre valeur mise en avant par les super-héros : c’était simplement un devoir moral. Il était le mari de Diane, il était le père de Lisa, Tommy et du bébé à naître ; il ne pouvait juste pas les abandonner.
Ce n’était pas de l’héroïsme, du sacrifice : c’était quelque chose d’immuable, d’ancré en lui. Il devait remonter pour les retrouver et s’occuper d’eux, compenser le temps perdu et être vraiment lui-même.

Walter Newell ne se considérait pas comme un héros, même s’il avait sauvé le monde deux ou trois fois. Il ne se voyait pas comme un Vengeur alors qu’il avait toujours le statut de réserviste et avait sauvé la vie de l’équipe quelques fois. Il pensait n’être qu’un homme comme les autres alors qu’il était en train de modifier ses interfaces pour optimiser ses chances de survie, muni d’une froide concentration.
La majorité des hommes aurait paniqué, entouré des ténèbres les plus profondes et avec très peu de chance de survivre ; lui luttait contre ça.

Après tout, Newell était un des meilleurs océanographes qui soient : il connaissait l’océan et la mer comme personne. Il était informé de ses pièges, ses attaques mais aussi ses secrets. Il était conscient qu’il pourrait perdre un jour la bataille de l’homme contre la puissance aquatique, mais pas aujourd’hui. Ses senseurs étaient peut-être tous hors-circuit, mais il y en avait encore quelques-uns pouvant fonctionner et il comptait bien les utiliser.
Lentement, alors que sa concentration se raffermissait et qu’il donnait l’ordre de s’injecter quelques stimulants, les souvenirs plus récents remontaient. Il avait été dans l’Hydropolis, il avait fait quelques recherches sur la base et avait vu une brèche dans les profondeurs, là où les ramifications avaient été construites pour une extension aux Atlantes. Il avait bêtement voulu voir ça tout seul, et avait été piégé par un éboulement de gravats. La pression de l’eau avait fait sombrer les premières esquisses de travaux abandonnés par manque de fonds et manque d’intérêt, et il avait été emporté par la chute de l’espoir d’Hydropolis.

Diane devait être morte d’inquiétude, et il sentait que se sortir de là ne serait pas facile. Comme beaucoup d’autres, il avait profité de l’Initiative pour baser sa combinaison sur des éléments StarkTech : même s’il avait eu une mauvaise expérience avec Tony quand celui-ci avait cru qu’il lui avait volé des éléments de sa technologie durant sa Guerre des Armures, il avait sauté sur l’occasion pour améliorer son système et ainsi avoir une meilleure interface, plusieurs systèmes de secours et d’aide et des mises-à-jour régulières. Il le regrettait.

Maintenant que Norman Osborn avait pris le pouvoir – seigneur, Norman Osborn pensa-t-il…il avait vraiment eu raison de partir – la technologie StarkTech était pratiquement devenue obsolète. OsbornTech tentait par tous les moyens de parasiter les composants créés par Tony et Walter était certain que des piratages avaient été lancés.
C’était pour ça que l’éboulement avait autant endommagé ses circuits : ils avaient déjà été affaiblis par le manque de réparation et de mise à jour après l’Invasion, et ils avaient eu fort à faire pour survivre aux attaques de l’autre Bouffon.

Seul, perdu dans les profondeurs, Walter ne pouvait plus compter que sur ses propres circuits et sa volonté pour s’en sortir. Il n’avait jamais été un grand ingénieur et se débrouillait mieux dans l’analyse des composants chimiques de l’eau et les mouvements de flux. Mais il allait quand même survivre.

Il avait basé son système de survie sur les branchies des poissons, et il restait environ 20% d’autonomie. Sa combinaison pouvait résister à environ 360 mètres de profondeurs avant les améliorations StarkTech, et il ne devait donc pas être au-delà sinon il ne serait déjà plus là. Ses turbines peuvent le propulser jusqu’à 70kms/h au maximum, et il avait encore la possibilité d’émettre des décharges électriques par ses mains…plus des mini-répulseurs installés par Tony quand il lui avait donné sa combinaison. Il n’avait pu s’empêcher d’installer ce petit « cadeau », et ça risquait de lui sauver la vie.

Programmant son système pour transférer la majorité de la puissance dans les turbines et les répulseurs, Newell s’autorisa une grande inspiration. Aveugle, ne pouvant se fier qu’au sonar, il savait que son coup était risqué : foncer en haut aussi vite que possible, tablant sur son système pour l’empêcher de subir le mal des profondeurs et pour lui donner assez d’oxygène pour survivre.
Il avait plus de chance de mourir sur ce coup-là, mais il n’avait pas d’autre choix. Pour Diane, pour Lisa, pour Tommy, pour le petit, il n’avait pas de choix. Il n’était peut-être pas un héros, il ne le serait sûrement jamais, mais ce n’était pas d’héroïsme dont il s’agissait aujourd’hui.

Il était un mari, un père et ça suffirait. Il s’était fourvoyé ces deux dernières années, mais ça allait changer. La technologie Stark n’était pas pour lui, comme l’Initiative et les Vengeurs. Il était océanographe, il voulait que le monde soit en paix avec lui-même – et il travaillerait sur ça. Il se battrait pour ça, et il n’aurait pas besoi d’autre chose.

Rapidement, la poussée des turbines et des répulseurs le propulsa dans l’eau, son sonar lui permettant d’éviter de justesse les pièges. Malgré le danger, malgré la folie de son geste, Newell avait la foi ; il ne pouvait pas mourir, pas aujourd’hui. Il s’était trop battu pour ça.
Alors que la surface se rapprochait et que la réception radio faisait son retour, Walter s’accorda un sourire. Il remontait, au propre et au figuré. Il retrouvait la surface mais aussi sa véritable existence, son véritable but. Il retournait auprès de sa famille et de ses projets de cités sous-marines.
Il retournait chez lui après un trop long voyage, et ça faisait du bien.

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MessageSujet: Re: Quelques textes   Quelques textes - Page 4 EmptyMer 13 Jan - 21:06

Rien à redire au niveau de la langue (sinon le maladroit "lui indiquer à quelle profondeur où il se trouvait"), ton style s'apaise à mon avis, tu as un vocabulaire accessible et la ponctuation est justement placée. Pas grand chose à dire, sinon que ça manque à mon goût de sens figuré =)

L'histoire en elle-même est, comme tu l'as dit, très moyenne. Pour moi, le souci est dans la construction du récit, car l'idée de base reste bonne (symboliser la remise en question d'un individu grâce à une immersion, si je ne me trompe pas).

Tout d'abord, la narration de la vie de Newell est vraiment assommante. Tu nous racontes presque toute sa vie en un bloc assez lourd, sans grand temps fort (raconter brièvement les batailles, la naissance des jumeaux en quelques lignes un peu plus sombres aurait relancé l'attention) Tout cela ressemble plus à du reportage qu'à du récit. Pendant un moment, je me suis même demandé pourquoi il était au fond de l'eau : je lisais juste une rétrospective, qui pouvait bien se faire au sec. Je devinais un peu la symbolique (c'est pas anodin de foutre quelqu'un à six pieds sous mer), mais l'aspect "sous-marin" du texte est complétement, ou presque, passé à la trappe. Walter est sous une quantité affolante d'eau, il circule en aveugle, son équipement se casse la gueule... Pourtant, tu ne dois développer que quatre ou cinq paragraphes à ce sujet. Tu dis qu'il reste parfaitement calme, mais c'est parfaitement chiant. Même si c'est dans la personnalité de Walter, il ne serait pas étonnant qu'il angoisse un minimum, en pensant à sa famille (or, même si c'est le cas, c'est si léger que c'est presque anecdotique à mon goût)
La lourdeur du récit biographique n'est pas équilibré avec un minimum d'action, la lecture est pesante.

Donc, un peu plus de "moment présent" pour compenser le récit au passé. Tu peux prolonger la métaphore océan/vie en calquant ses difficultés dans le passé avec des galères sous-marines : animaux aquatiques, courants marins, équipement qui ne fonctionne pas... Tu racontes tout de sa vie passée mais tu omets énormément de choses sur sa vie présente : où il est, ce qu'il ressent, ce qu'il pense.

Constat un peu dur parce que tu m'as habitué à mieux. Je me répète, l'idée reste bonne, le personnage attachant (il pourrait l'être encore plus, à mon avis), c'est surtout le récit qui manque de punch.
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